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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
L'œuvre performative, aporétique par essence                     L'œuvre performative, aporétique par essence
Sources (*) : Comment ne pas œuvrer ? (un principe à venir)               Comment ne pas œuvrer ? (un principe à venir)
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2017, Page créée le 19 février 2015 Les mots de l'Orlœuvre

[Par essence, une oeuvre performative est aporétique]

Les mots de l'Orlœuvre
   
   
   
Il faut, aujourd'hui, endurer l'aporie Il faut, aujourd'hui, endurer l'aporie
[La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)    
Un performatif tout autre - aujourd'hui                     Un performatif tout autre - aujourd'hui    

1. L'"oeuvre performative".

A notre connaissance et sauf découverte ultérieure, le syntagme «œuvre performative», n’apparaît qu’une seule fois dans le corpus de Jacques Derrida. Cette unique occurrence se situe dans L’Université sans condition (p33) :

«Je me réfère donc ici à une université qui serait ce qu’elle aurait toujours dû être ou prétendu représenter, c’est-à-dire, dès son principe, et en principe, une «chose», une «cause» autonome, inconditionnellement libre dans son institution, dans sa parole, dans son écriture, dans sa pensée. Dans une pensée, une écriture, une parole qui ne seraient pas seulement des archives ou des productions de savoir, mais, loin de toute neutralité utopique, des œuvres performatives».

Cette citation s'inscrit dans un développement qui porte sur l'université et le "genre" d'oeuvre qu'on peut y faire aujourd'hui. Mais tout indique dans ce texte que Derrida ne songe pas seulement à l'université. Le chapitre commence par la phrase "Comme si la fin du travail était à l'origine du monde"(p25), et continue en précisant que "le comme si paraît approprié à ce qu'on appelle des oeuvres, singulièrement les oeuvres d'art" (p31), "toutes les idéalités discursives", "et même une certaine structure des objets scientifiques en général". C'est dans ce sens plus général que nous utiliserons dans ce texte le terme "oeuvre performative".

 

2. Le performatif dans le corpus derridien.

La théorie derridienne du performatif est déployée dans deux textes princeps, Signature événement contexte (première publication en 1971) et Limited Inc abc (première publication en 1977). Ces deux textes se présentent comme un développement analytique et polémique de la théorie de l’écriture développée dans les différents ouvrages de Jacques Derrida publiés depuis ses débuts, notamment dans De la grammatologie et L’écriture et la différence (1967). Ce n’est pas le lieu ici de donner une présentation générale de cette théorie, ni même de reconstituer l’argumentaire de Jacques Derrida autour de l’acte de langage. Nous n’en donnerons qu’une lecture ou réinterprétation partielle sous un angle très spécifique, celui de deux apories à partir desquelles nous tentons de construire ce concept d’œuvre performative. John L. Austin a frôlé ces apories sans les problématiser, tandis que John R. Searle ne les a pas prises en considération, et a même cherché à les faire disparaître de sa construction théorique. En insistant sur leur prévalence dans l’acte de langage, Derrida ne renonce pas à une théorie du performatif. Au contraire il cherche à relancer la question de la performativité, à l’élargir en lui donnant une toute autre valeur. C’est sur cette valeur qu’il insiste lorsqu’il analyse différents types d’œuvres (philosophiques, littéraires, picturales) ou d’actes discursifs (la Déclaration d’indépendance américaine, la théologie négative).

 

3. Les apories du performatif.

Derrida revient à de nombreuses reprises sur les deux apories qui structurent, selon lui, l'acte performatif. Ce sont :

a. Aporie n°1 : pure reproductibilité d'un événement pur.

cf l'analyse de cette aporie, qui peut s'énoncer : Une oeuvre ne peut affirmer sa singularité, son unicité, qu'en réitérant des modèles et des conventions (§1).

b. Aporie n°2 : entre performatif et constatif, indécidabilité.

cf l'analyse de cette aporie, qui peut s'énoncer : Une oeuvre est indécidablement performative et constative, car tout ce qu'elle invente, elle le présente comme un constat (§1).

 

4. Quelques oeuvres.

Je vais maintenant reprendre l'analyse de quelques oeuvres commentées par Derrida, notamment dans Restitutions de la vérité en peinture, en posant chaque fois la question : Qu'est-ce qui fait de ces œuvres des œuvres? Chaque fois, j'essaierai de montrer que ce qui joue en elles, c'est l’affirmation d’une œuvrance aporétique, qu'aucune conditionnalité externe ne suffit pour expliquer ou saturer.

a. les Souliers de Van Gogh : la peinture à même l'oeuvre.

b. le Double portrait des époux Arnolfini : D'un témoignage silencieux

c. Gérard Titus-Carmel : la performance sans présence.

d. la Déclaration d'indépendance américaine : une oeuvre performative qui se pose en s'inventant.

 

5. Oeuvre performative et au-delà du performatif.

De ce parcours dans quelques œuvres et dans l’œuvre derridienne elle-même, nous pouvons déjà tirer quelques conclusions. Si l’analyse du performatif austinien conduit à souligner son caractère aporétique, alors ce qui met en mouvement une œuvre performative, son œuvrance, ne déploie son énergie (ergon) qu’à laisser venir en elle une dissociation, une discordance, un désajointement au-delà du performatif, qui fragilisent toute structure, système, théorie, genre ou style. Tout engagement dans une œuvre, tout œuvrement, doit faire avec cette formulation inconditionnelle : « il y a de l’aporie » (sous-entendu : même et surtout dans l’œuvre). Certes, l’œuvre ne peut exister qu’à limiter, borner, arrêter, dissimuler, transformer la dimension d’incertitude (d’imprévisibilité, de non-sérieux) du performatif. La séduction qu’elle exerce est suspendue à cette fragilité, cette complexité transactionnelles.

 

 

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Propositions

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[Derrida, acte de parole ou de langage, performatif]

-

[Aporie n°1 de l'oeuvre performative : "Elle ne peut affirmer sa singularité, son unicité, qu'en réitérant des modèles et des conventions"]

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[Aporie n°2 de l'oeuvre performative : "Elle est indécidablement performative et constative, car tout ce qu'elle invente, elle le présente comme un constat"]

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Avec son énigme irrésolue, le "double portrait des époux Arnolfini" (Van Eyck, 1434) témoigne, en silence, des apories de l'"oeuvre performative"

-

Dans un tableau, c'est la peinture elle-même qui est à l'oeuvre, à même l'oeuvre

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La "performance sans présence", autre nom de l'oeuvre performative, c'est cet acte qui produit l'oeuvre en disant : "Ça suffit!", au bord du secret

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[Rien, dans l'oeuvre performative, ne fait autorité : ni la Vérité, ni la Réalité, ni la libre Souveraineté d'une Fiction]

-

Une oeuvre performative s'institue elle-même, elle se pose en s'inventant, comme un acte fondateur

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[Il n'est, de nos jours, d'oeuvre digne de ce nom que performative]

-

La théologie négative, cet idiome qui est aussi un langage, met à l'épreuve les limites constatives du langage; elle garde leur raréfaction, elle l'archive et l'institutionnalise

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