Derrida
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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le judaïsme                     Derrida, le judaïsme
Sources (*) : Derrida, Maïmonide : Juifs égarés               Derrida, Maïmonide : Juifs égarés
Jacques Derrida - "Abraham, l'autre", Ed : In "Judéités" (Galilée), 2003, p18

 

Enfant juif souriant (Roman Vishniac) -

Le mot "Juif" est plus profond en moi que mon propre nom, plus près de mon corps qu'un vêtement et que mon corps même

   
   
   
               
                       

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Citation : "Il me semble préférable de m'exposer de façon plus crue, par exemple en me demandant, en essayant de me rappeler, de me rappeler tout court et pour cela de me rappeler moi-même, à moi-même, comment le mot "juif" (bien avant "judaïsme" et surtout "judéité") est arrivé, m'est arrivé comme un arrivant, sinon comme premier arrivant, dans la langue de mon enfance, débarquant dans la langue française d'Algérie de mes premières phrases. Je n'atteindrai pas ce soir, la scène ne s'y prête pas, à cette anamnèse de l'arrivée de "juif" dans ma langue, de ce vocable qui me reste inouï, plus profond en moi que mon propre nom, plus élémentaire et plus ineffaçable qu'aucun autre au monde, que le "oui" même dont je suis parti et dont j'ai dit qu'il est impossible de se départir, dont tout en vérité procède, qui est plus près de mon corps qu'un vêtement et que mon corps même".

Donc le mot "Juif" est arrivé à ses oreilles avant, avant quoi? Avant tout savoir possible, toute connaissance. Il aura été tout près du début, le premier, premier arrivant dans les premières phrases entendues, parmi les premiers mots de la langue française qui est la sienne sans être la sienne. Il aura acquiescé à ce mot sans connaître d'autres mots plus savants comme judaïsme ou judéité, sans rien connaître de la religion, des rites, de la langue hébraïque, et sans aucun sentiment d'appartenance à une communauté. C'est un mot qui lui est venu, arrivé, comme un invité peut-être intempestif, comme une injure, une blessure. Il sera resté comme une cicatrice ouverte, comme quelque chose de corporel, peut-être collant, gluant comme son premier vers. Vocable inouï, il aura été plus inoubliable que le oui même (le oui originaire d'avant la parole, d'avant la langue). Alors d'où sera-t-il venu? Il ne le dit pas. De quel endettement? De quelle condamnation? De quel commandement au-delà même de la généalogie?

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Michael Fagenblat commente ce passage dans son article The Passion of Nonknowing True Oneness : Derrida and Maimonides on God - and Jew, Perhaps (in Negative Theology as Jewish Modernity pp217-219). Pourquoi Derrida a-t-il évité le nom de Maïmonide, cet auteur juif pourtant si proche de lui? Dans Comment ne pas parler, Dénégations, il explique que ce qui est le plus proche de lui, le Juif, l'Arabe, c'est de cela justement qu'il ne veut pas parler. Cette extériorité dont il ne veut pas parler, c'est celle qui constitue son intériorité la plus proche, une intériorité plus intime qu'il est à lui-même, comme s'exprime Saint Augustin, pour qui cette intériorité ne peut être que Dieu. Quand j'aime Dieu, qu'est-ce que j'aime? se demande Saint Augustin. Et Maïmonide : Quand je prie Dieu, je prie qui ou quoi? On ne connaît pas mieux son rapport à soi-même que son rapport à Dieu.

En tant que Juif, Derrida est étranger à lui-même, et comme il ne peut rien dire de cela, l'autobiographie chez lui ne peut être qu'apophatique. Pour ces homme qui a été enterré sans rituel ni kaddish, les deux mots Dieu et Juif sont les seuls qui puissent garder le silence, le secret que d'autres mots comme judaïsme ou athéisme violeraient. Au moment de sa mort, au point de sa désubjectivation la plus radicale, c'est là qu'il peut s'éloigner le plus radicalement de toutes les identités qui ont rapport au judaïsme. C'est sa via negativa à lui. Il aura fallu qu'il s'émancipe de l'héritage du judaïsme pour que s'ouvre une judéité incertaine, infinie.

 


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