Derrida
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La collection de Karen                     La collection de Karen
Sources (*) : La collection de Karen               La collection de Karen  
Ouzza Kelin, "", Ed : , , Page créée le 29 octobre 2000

La découverte de Lady Banquo

   
   
   
                 
                       

Karen avait l'habitude de ce genre de virée. Il fallait qu'elle coupe les interminables soirées du Cercle par de petites distractions. Elle connaissait la plupart des galeries du quartier. Devant l'étroite vitrine de celle-ci, elle s'était souvent arrêtée. La salle d'exposition donnait sur la cour; il y avait des recoins, des colonnes de pierre et une mezzanine de bois. La pluie striait leurs visages. Karen n'avait aucune idée de l'exposition qui était actuellement présentée. Peu importait. Elle entra dans la salle. Il faisait chaud. Elle s'essuya la figure avec un kleenex. Quand elle ouvrit les yeux, juste en face, elle vit le tableau. Ignace, le visage mouillé, le regardait déjà. Le contraste était étrange. La femme était élégante. Elle aurait pu chanter, même si c'était un cri, à moins que ce ne soit l'inverse, elle aurait pu crier, même si c'était un chant. Ils restèrent plusieurs secondes sans faire attention l'un à l'autre, comme s'ils étaient là chacun seul. Karen revint vers la porte pour lire le nom du peintre : Tony Scherman.

La date figurait sous le tableau, 1995, avec le titre, Lady Banquo. Le tableau était ravagé de coulures, la peinture se mêlait à la cire.

- IGNACE : Est-ce qu'elle lance un appel?

- KAREN : Elle est la seule à savoir ce qu'elle appelle.

(Karen) Il y en a eu tellement, des images de cris, on se croit blasé, saturé, jusqu'au suivant, jusqu'à ce qu'un autre peintre renouvelle ce qui n'est pas un genre mais à chaque fois un acte, un autre cri.

- IGNACE : Elle nous attire dans son appel. Elle nous oblige à nous demander ce qu'elle veut.

(Karen) C'est bizarre, je suis venue ici, dans cette galerie, par hasard, et je me trouve en plein coeur de mes recherches.

Ils scrutaient le tableau l'un contre l'autre, se touchant, d'un même regard.

- KAREN : Elle crie, elle chante et elle parle en même temps. Pour elle, ces trois gestes sont identiques, elle ne les différencie plus.

- IGNACE : C'est une femme du monde, sûre d'elle-même, et pourtant elle laisse jaillir ça.

- KAREN : Une femme du monde? Regarde ses lèvres! C'est à peine une bouche, c'est une gueule qu'on écarte.

- IGNACE : Non, pas une gueule ni une bouche, c'est elle toute entière. Elle est entièrement projetée dans ce qui s'ouvre, elle est l'ouverture.

Ils n'ont plus rien à dire. Ils contemplent les traits purs de Lady Banquo, d'une pureté incommentable. Elle appuie son épaule sur son bras. Ce qui les rapproche n'est pas l'image, c'est la vision simultanée de l'image. Le lien qui se sera noué ici restera comme un instant suspendu, associé à quelques sensations, frôlements, allusions, gouttes de pluie.

Plus tard, ils sortiront en emportant dans un fin rouleau une reproduction marquée Peinture à la cire sur toile, 76 x 61 cm, belle image lisse occultant les coulées épaisses et les hâchures de peinture sèche, une des pièces qui deviendra centrale dans la future collection d'images de voix que Karen, sans trop y penser, avait accumulée depuis longtemps, et dont Ignace sera le révélateur.

 

 

 

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