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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida : mutation du concept d'œuvre                     Derrida : mutation du concept d'œuvre
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'y trame)               [La] matrice derridienne (ce qui s'y trame)
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2017, Page créée le 25 juillet 2011 "Il faut" : ce concept d'œuvre

[Penser l'oeuvre, pour Derrida, c'est interroger l'énigme d'un concept en cours de mutation]

"Il faut" : ce concept d'œuvre
   
   
   
                 
                       

On trouve, dans les ouvrages de Jacques Derrida, (au moins) deux allusions explicites au concept d'œuvre. Les voici :

 

1. Dans l'Université sans condition.

Citation : "Certains produits de cette activité travailleuse sont tenus pour des valeurs d'usage ou d'échange objectivables sans mériter, croit-on, le titre d'œuvres (je ne peux dire ce mot qu'en français). A d'autres travaux on croit pouvoir attribuer le nom d'œuvres. Leur appropriation, leur rapport avec le travail libre ou salarié, avec la signature ou l'autorité de l'auteur, avec le marché sont d'une grande complexité structurelle et historique que je n'analyserai pas ici. Les premiers exemples d'œuvres qui viennent à l'esprit sont des œuvres d'art (visuel, musical ou discursif, un tableau, un concerto, un poème, un roman). Mais nous devrions étendre ce champ, au moment où, interrogeant l'énigme du concept d'œuvre, nous essaierions de discerner le type propre du travail universitaire, et notamment dans les Humanités. Dans les Humanités, on traite en particulier des œuvres, sans doute (œuvres d'art, d'art discursif ou non, littéraire ou non, œuvres canoniques ou non). Mais en principe le traitement des œuvres, dans la tradition académique, relève d'un savoir qui, lui, ne consiste pas en œuvres. Professer ou être professeur, dans cette tradition qui est justement en cours de mutation, c'était sans doute produire et enseigner un savoir tout en professant, c'est-à-dire en promettant de prendre une responsabilité qui ne s'épuise pas dans l'acte de savoir ou d'enseigner." (L'Université sans condition, pp39-40, conférence prononcée en avril 1998).

(Les italiques sont de Jacques Derrida)

De cette citation, on peut déduire quatre points :

a) Le mot oeuvre, tel que Derrida l'entend (dans sa polysémie) ne peut être dit qu'en français. [Dans son champ sémantique se croisent deux étymologies, aperire et operare : Ouvrir, ouvrer, oeuvrer, opérer. Ce champ est différent de celui de l'allemand Werk, par exemple]. [Le concept derridien d'œuvre exige cette polysémie, comme en témoigne un lapsus mentionné en 1990 dans Mémoires d'aveugle : L'ouvre où ne pas voir. Ce qui compte dans l'œuvre est ce qui reste invisible et secret, ce qui l'ouvre dans un temps d'aveuglement].

b) L'attribution de ce nom ("oeuvre") n'est pas triviale. Elle exige que certaines conditions soient remplies : une signature, l'autorité d'un auteur, un travail dont il reste quelque chose, etc.

c) Il n'est pas sûr que ces critères, qui s'appliquent traditionnellement au mot "oeuvre", s'appliquent aussi au travail universitaire - notamment dans ce qu'on appelle les Humanités. En effet que se passe-t-il dans l'université? Le concept d'oeuvre est en cours de mutation. Le sens du mot "œuvre" dans ce champ doit être distingué de ce qu'il est dans la langue courante. Aujourd'hui, le métier d'enseignant ne s'épuise plus dans l'acte de savoir ou d'enseigner, comme dans l'université classique, il implique une responsabilité, un engagement, une profession de foi. Cette mutation, qui fait de l'oeuvre une énigme, ne peut pas être jugée par des critères objectifs. Elle est inconditionnelle.

d) avec le nouveau concept d'œuvre (l'œuvre performative) apparaît un nouveau type de travail, qui se caractérise par une performativité d'un type singulier, unique, inouï.

 

2. Dans Artaud le Moma.

"Dans l'autoprésentation la plus didactique de son œuvre graphique, dans son automanifestation, Artaud ne dissocie jamais l'acte et le coup, l'acte de donner et l'acte de donner des coups, le don des coups et le don de la vérité, autrement dit de la manifestation même de la vérité, de son autoprésentation depuis la source (sponte sua) à travers la "spontanéité du trait" tiré ou du coup porté par celui qui signe Artaud, scellant ainsi la destruction du concept d'œuvre et donc de musée, l'agonie d'un art qui pourtant, à l'instant de sa mort, survivra peut-être à sa propre apocalypse" (pp67-68).

Et plus loin :

"L'insistance du coup redoublé nous doncuit maintenant à compliquer, en vérité à disqualifier le concept d'une histoire de l'art, donc de ce qui fonderait cette fondation qu'est un musée, à savoir le concept de l'art et de l'œuvre qui en sont indissociables (p69).

(Artaud le Moma, Conférence prononcée le 16 octobre 1996).

Deux ans avant que, dans L'Université sans condition, Derrida décrive la mutation du concept d'œuvre, il avait déjà annoncé et daté sa destruction, par Antonin Artaud, entre 1937 et 1947. Cette période, qui est aussi celle de la Shoah dont on a dit qu'elle marquait la fin de la poésie, aurait donc déjà connu, avec Artaud, la clôture de l'œuvre. En prononçant sa conférence, Derrida semble s'être identifié à Antonin le donneur de coups, l'homme atteint de graphomanie ou de graphorée, qui n'écrit que pour détruire l'œuvrance traditionnelle. Il faut pour cela plus que de la folie, il faut du génie. Artaud s'en prend au support de l'œuvre (subjectile), mais aussi au voyeur (le public) et au destinataire. Il les met au défi d'assumer la mutation.

 

 

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Propositions

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Une oeuvre requiert des "axiomes d'incomplétude" : sa loi, son mal d'archive, c'est qu'elle n'est réductible à aucun corpus archivable, en aucun lieu déterminé

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Le corpus derridien ne se rassemble jamais en totalité; chaque lecture en invente et circonscrit les limites

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Jacques Derrida n'a jamais cessé de penser l'"oeuvre" : comme mot, notion, concept, principe ou acte performatif

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Jacques Derrida met en oeuvre tout autrement le concept d'oeuvre, tout comme ceux d'auteur, de signature, de genre, d'adresse, etc.

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La mutation du concept d'oeuvre dans le travail universitaire participe d'une autre mutation, absolue, radicalement nouvelle, qui transforme l'espace public

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Le concept derridien d'"oeuvre" tel qu'il se présente dans "L'Université sans condition" (avril 1998) prolonge les thèses du Greph (avril 1974) en s'y substituant

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Entre 1937 et 1947, le coup signé Artaud scelle la destruction du concept d'oeuvre, et en même temps sauve la possibilité de l'art et du musée en faisant oeuvre

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La génialité consiste à donner naissance à l'oeuvre comme événement, en coupant avec toute généalogie, genèse et genre

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L'oeuvre derridienne : pas un système mais un dispositif stratégique ouvert sur son propre abîme, un ensemble non clôturable de règles de lecture, d'interprétation, d'écriture

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