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Le Cinéloft du Quai                     Le Cinéloft du Quai
Sources (*) :              
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2018, Page créée le 29 mars 2017

 

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La cour aux salles obscures

   
   
   
                 
                       

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Dans le vaste bâtiment qu'on avait pris l'habitude d'appeler le loft, il y avait deux cours. Elles ont dû, à un moment, être quasiment identiques, voire symétriques. L'une d'entre elles était restée ouverte sur l'extérieur. Le soleil y pénétrait par de vastes baies vitrées, dont la forme avait été conservée depuis le 17ème siècle (c'est là que se trouvait le bâtiment d'origine, qui avait été transformé en loft et donnait son nom à l'ensemble). A la suite de différentes transformations dont la logique était devenue assez impénétrable, cette cour avait fini par être entièrement recouverte, de sorte qu'aucune lumière naturelle ne pouvait y pénétrer (vu de haut, c'était un toit d'ardoise, mais vu d'en-dessous, on pouvait repérer différentes strates). Dans cette zone se situaient la plupart des salles actives. On pouvait y pénétrer par l'entrée principale (sur le quai), mais aussi par une entrée secondaire qui donnait derrière, sur la rue. La porte cochère, surmontée par une enseigne où l'on reconnaissait un profil de jeune fille, ouvrait sur un couloir qui distribuait plusieurs escaliers qui ne portaient aucun nom ni numéro, mais se diversifiaient nettement par leur forme, leur disposition, leur couleur, leur éclairage. Selon l'escalier qu'on choisissait, on arrivait à différents couloirs qui desservaient des pièces dans lesquelles il était toujours possible d'entrer, car aucune des portes ne fermait à clef. Il y avait aussi des passerelles qui conduisaient aux autres parties du bâtiment. L'ensemble devait avoir une hauteur de sept ou huit étages, peut-être un peu plus haute que l'immeuble moyen parisien.

Quelque part vers le milieu de la cour, à moins que ce ne soit sur un bord, on trouvait un espace plus grand, d'un seul tenant, morcellé par des écrans dont on n'arrivait pas à savoir s'ils pendaient ou si un mystérieux système magnétique les stabilisait en l'air. En tous cas ils étaient opaques (ce qui se projetait d'un côté ne se voyait pas de l'autre), de différentes tailles, et articulés à des planchers apparemment faits de la même matière que les écrans, mais capables de supporter des poids conséquents, car de nombreuses personnes s'y trouvaient, assises par terre, sur des briques ou sur des chaises improvisées, vautrées, couchées, étalées les uns près des autres ou encore se levant, marchant, échangeant quelques mots avant de revenir à leur point de départ ou de choisir un autre lieu, une autre toile où porter leurs regards. Certains écrans semblaient vides, blancs ou inertes, tandis que sur d'autres on repérait de loin des images sans pouvoir deviner exactement leur contenu. Il y avait aussi certaines personnes qui portaient des casques ou des écouteurs, mais pas toutes. Certaines regardaient les images qui défilaient sur les écrans, tandis que d'autres, un peu plus loin, semblaient discuter avec animation.

Comment cette partie du loft s'était-elle transformée en ce multiplex étrange et labyrinthique? Posez la question, vous n'aurez pas toujours la même réponse. Selon les uns, le mouvement a été lent, progressif. Il fallait, dans ce vaste espace, trouver des lieux séparés pour accueillir les controverses innombrables qui ne cessaient de jaillir. Comment faire pour préserver un minimum (maximum) d'intimité dans un espace ouvert? Ainsi serait née l'idée de l'écran, et c'est seulement dans un second temps qu'on y aurait projeté des films. Selon d'autres, il y aurait eu à un certain moment un événement, quelque chose comme une décision, celle de faire du loft un lieu de projection. Le cinéloft aurait été imaginé comme un cinémonde; et les controverses, la résonance verbale ou textuelle de ce cinémonde.

[Ozzy : Tu es au cinéma, dans une salle obscure, face à l'écran. Tu as décidé de ne t'attendre à rien, comme si tu ne savais absolument rien du film qui va bientôt commencer. Son titre? Ses personnages? Son thème? Tu veux l'ignorer, car tu penses que cette ignorance stimulera ton plaisir et ton intellect, t'excitera, te troublera (Troubler au point de faire perdre à quelqu'un ses moyens, le décontenancer, le mettre dans l'impossibilité de répondre), te confondra. Confondre quoi? Cette scène, la seule qui chaque fois commence, absolument vierge].

 

 

Passant d'un couloir à l'autre, d'une passerelle à l'autre, ne faisant absolument pas attention à la signalétique à laquelle il ne comprend rien, Danel repère, sur une porte, une ardoise électronique sur laquelle est écrit : Le vingtième siècle, Ildiko Enyedi. Le vingtième siècle, voilà un sujet qui pourrait le concerner. Il entre. Au sol, quelques matelas, une dizaine de personnes accroupies ou couchées entre les coussins. Il n'y a pas d'écran, juste un mur où des acteurs parlent une langue inconnue. Danel s'assied prudemment dans un coin. Le film est en noir et blanc, les sous-titres en anglais, il essaie vainement de comprendre l'histoire dont il a raté le début. Il s'agit apparemment d'un homme qui croit aimer une seule femme, alors qu'en réalité il en aime deux, deux jumelles qui ignorent qu'elles aiment le même homme. Etrange dédoublement dissymétrique, chiasme baroque. Le cinéma est une chose qui l'attire. Il s'y laisse toujours prendre avec plaisir. Il sent, son dos contre le mur, ses jambes se détendre.

(Ils ont chacun suivi un chemin différent pour aboutir ici, dans cette vaste salle à plusieurs étages qu'on appelle le loft. Chacun de son côté, chacun un "Je", irréductible à tout autre, chacun frayant une voie dans l'étroit passage qui est le sien, chacun se dégageant et dégageant la route.)

 


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