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Sur des films                     Sur des films
Source :              
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Galgal, 1988-2007, Page créée le 23 septembre 2005

Le chanteur de jazz (film de Alan Crosland, 1927)

   
   
   
                 
                       

Le Chanteur de Jazz qui donne son titre au film est un juif appelé Rabinovitz qui est cantor de la synagogue (ce qui l’ennuie mais il y tient quand même), et qui préfèrerait devenir chanteur de jazz. Il mène une double vie : entre le sacré et le profane, entre la loi du père et l’amour de la mère, il ne choisit pas. A la fin du film, tout se passe comme si Rabinovitz était capable de diviser sa vie, comme s’il pouvait en même temps chanter à la synagogue et au théatre. C’est évidemment un mensonge, un escamotage, un déni. En vérité, l’introduction de la voix dans l’image, comme celle de la musique moderne dans la vie courante, brise tout un passé. C’est une nouveauté radicale incompatible avec les anciennes pratiques. La conciliation incarnée par Rabinovitz ne durera que le temps d’un film; très rapidement, le cinéma parlant rendra obsolète l’immémoriale séparation de l’image et de la voix.

En 1927, un coup de tonnerre retentit dans le ciel serein du cinéma avec la projection du Chanteur de jazz, premier film sonore et parlant. Ce film sonne le glas du cinéma muet, met un terme aux carrières de plus d’une star du grand écran et inaugure l'âge d'or du cinéma.

 La fin d'un monde ©Ph. IGDA

6 octobre 1927. Le cinéma a à peine trente ans. C'est l'art le plus jeune et, de très loin, le plus populaire. C'est aussi un art à l’esthétique quasi parfaite, comme le prouvent aussi bien les comédies burlesques de Buster Keaton (la Croisière du Navigator) que les comédies dramatiques de Chaplin (le Kid, 1921 ; les Lumières de la ville, 1931), les folies baroques d'Erich von Stroheim (Folies de femmes, 1922) que les films sociaux de King Vidor (la Foule, 1928). À Hollywood bien sûr mais aussi à Moscou, où, à la suite de la révolution soviétique s'est développée une industrie importante dominée par la figure imposante du cinéaste Sergueï M. Eisenstein (le Cuirassé Potemkine, 1925). Un cinéma mêlant propagande et avant-garde prend son essor. Le cinéma est un art universel dont le langage est compréhensible dans tous les pays.

Le 6 octobre 1927 donc, a lieu un événement qui va changer la donne : la projection du Chanteur de jazz, premier film parlant de l'histoire, réalisé par Alan Crosland. Dès lors, au vu des réactions enthousiastes du public, tous les studios se lancent dans la production de films parlant, quitte à rajouter du son a posteriori sur des films muets. Cette nouvelle technique impose des contraintes imprévues : il faut cacher les micros, insonoriser les caméras… Tout cela complique la tâche des réalisateurs et explique pourquoi, quelques années durant, l'art cinématographique connaît une forme de retour en arrière, les films devenant statiques et bavards.

Nombre de stars ne vont pas survivre au passage au parlant. Gloria Swanson, Buster Keaton, Louise Brooks sont, parmi beaucoup d'autres, les victimes de ce bouleversement. Si quelques-uns résistent – au premier rang desquels la divine Greta Garbo –, le cinéma parlant engendre ses propres vedettes. Comme aux débuts du cinéma, c'est dans le vivier du théâtre qu'il va d'abord puiser avant que ne s'imposent de jeunes comédiens comme Clark Gable, Jean Harlow, Cary Grant ou Humphrey Bogart.

     


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1927.CR.OSL

zm.Crosland.1927

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