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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Œuvrance, principe et concept                     Œuvrance, principe et concept
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2017, Page créée le 25 déc 2016 Un concept d'oeuvre de Jacques Derrida

[Jacques Derrida apostrophe le lecteur : tu dois concourir, toi aussi, à l'énigme du concept d'oeuvre]

Un concept d'oeuvre de Jacques Derrida
   
   
   
[La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit) [La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit)
La déconstruction, prise au sérieux               La déconstruction, prise au sérieux    
                       

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1. Elaborer un concept d'œuvre.

On trouve dans les ouvrages de Jacques Derrida de nombreuses analyses d'œuvres, et aussi de nombreuses indications sur l'œuvre en général. Est-il possible, par une faculté de jugement qu'on pourrait dire réfléchissante, d'en déduire un concept d'œuvre? C'est la difficulté à laquelle j'ai été confronté dès le départ. En effet Derrida a abordé de nombreux domaines, et chaque fois il introduisait d'autres considérations. Voici quelques exemples :

- Dans la peinture, ce qui compte n’est pas la ressemblance, ni l’imitation, ni le rapport au référent, au modèle, c’est la fiabilité. Pour qu’une œuvre picturale nous intéresse, nous fasse marcher, il faut d’abord qu’on y croie, que nous signions avec elle un certain genre de contrat, une alliance, qui n’est jamais assurée. Thème n°1 : œuvre et croyance.

- Toute œuvre graphique est bornée. Autour d’elle, des limites déterminent un espace, stabilisent un sens, une interprétation. Les arts visuels exigent ce cadre, dont les formes sont très diversifiées et peuvent toujours se défaire. Thème n°2 : œuvre et parergon.

- Pour dessiner, il faut d’abord s’éloigner du modèle, le temps de tracer un trait. Sans ce passage par l’invisible, le tracement est impossible. Thème n°3 : l’aveuglement, le retrait devant l’œuvre en train de se faire.

- La photographie est l’art sans voix par excellence. Elle est silencieuse, elle se tait, il faut parler à sa place. Cet autre que je vois dans une photographie et qui se présente comme une empreinte, je dois l’inventer, le penser, le porter en moi. Thème n°4 : œuvre et altérité, œuvre et deuil.

- Le cinéma est hanté par des spectres qui semblent bouger, parler, qui donnent une illusion de présence. On peut s’identifier à ces spectres, les faire survivre. Thème n°5 : la hantise de la trace.

- La littérature possède une puissance inouïe, une toute-puissance capable non seulement de créer des mondes, mais aussi de faire venir au jour ce qu'ils dissimulent. Thème n°6 : œuvre et secret.

- Certains textes portent l'espoir, comme Freud avec la cure analytique, de faire revenir le souvenir oublié, le trauma. Thème n°7 : œuvre et mémoire, œuvre et archive.

- La philosophie est une machine d’écriture qui ne se donne aucune limite, qui explore tous les écarts, qui pousse toute analyse aussi loin que possible. Une œuvre qui opère ainsi, en débordant toujours son cadre, risque d’ouvrir sur son propre abîme. Thème n°8 : architectonique et perte des distinctions, brouillage, aporie.

- Une poésie est toujours datée, signée, elle est unique. Elle témoigne d’une rencontre, d’une singularité qu’on ne retrouvera jamais. Thème n°9 : œuvre et idiome, œuvre et événement.

On pourrait ajouter encore d’autres croisements à cette liste, par exemple : œuvre et dette, œuvre et promesse, œuvre et plaisir, etc, et les associer à tel ou tel domaine ou tel ou tel champ. En alignant ces thématiques les unes après les autres, en multipliant les angles de vue, je pouvais, pour cette "thèse", construire un plan apparemment simple et intuitif. Mais ce plan en restait à une simple accumulation d'analyses, une taxinomie qui me semblait échouer à l'élaboration d'un concept d'œuvre articulé, rendant compte non seulement des œuvres analysées, mais aussi de l'œuvre derridienne elle-même. Il fallait pour cela changer de problématique, passer de la question ontologique « Qu’est-ce qu’une œuvre » à une autre question, plus impliquée dans le mouvement de la pensée : « Que fait cette œuvre ? ».

 

2. La prolifération des "Il faut".

En réfléchissant au caractère performatif de l'œuvre, je me suis alors rendu compte de la fréquence du syntagme "il faut" et de ses dérivés dans les textes de Jacques Derrida. Voici quelques exemples qui ne sont pas des citations, mais des paraphrases :

- Il faut, pour œuvrer, laisser l'avenir ouvert,

- Et, pour œuvrer, il faut accueillir l'autre, s'adresser à lui.

- Et, pour œuvrer, il faut que le secret reste indéchiffrable, inviolable, intact, inavouable, et il faut aussi qu’il soit trahi.

- Et, pour œuvrer, il faut jurer fidélité, mais il faut aussi se parjurer.

- Et, pour œuvrer, il faut se déœuvrer en œuvrant, se retirer de l’œuvre pour laisser œuvrer l’œuvre.

- Et, pour œuvrer, il faut donner, sans contrepartie ni rétribution d’aucune sorte, c’est-à-dire ne donner rien d’autre que le don, donner ce rien, mais tout en donnant.

- Et, pour œuvrer, il faut traduire, inventer chaque fois un autre idiome.

- Et, pour œuvrer, il faut que le dire de l’œuvre soit aussi un faire, mais que rien dans ce faire ne soit établi à l’avance.

- Et, pour œuvrer, il faut témoigner d’une rencontre unique, insubstituable, d’un événement.

- Et, pour œuvrer, il faut produire, en plus de l’œuvre, autre chose que l’œuvre.

- Et, pour œuvrer, il faut se lier, s'engager dans plus d'une alliance.

- Et, pour œuvrer, il faut ne se laisser arrêter par aucune opposition établie.

- Et, pour œuvrer, il faut interrompre le cycle répétitif de la mort et de la vie en trouvant les modalités d’une sur-vie, d'un plus-que-la-vie.

C'était donc à partir de cette fréquence du "il faut" que je devais construire un plan. Il m'aura fallu plusieurs années pour remplacer le titre initial : "Le concept d'œuvre chez Jacques Derrida" par : "Le concept d'œuvre de Jacques Derrida". En passant du « chez » au « de », je ne m'interrogeais plus sur l'œuvre en général, telle qu'elle peut se décliner pour tel ou tel auteur, mais sur ce qui, dans cette œuvre-là, fait œuvre, et qui n'est pas généralisable. J’étais conduit à reconnaître que chaque œuvre produit, singulièrement, son concept d'œuvre. Ayant renoncé à la discussion générale sur ce qu’est une œuvre, je me donnais pour tâche d’établir comment, dans la production de cette œuvre-là, un concept d'œuvre unique avait pu se constituer. Mais alors, c’est la notion de concept elle-même qui commençait à poser problème. Le mot "concept" suppose une certaine généralité. Un concept doit s'inscrire dans un discours, il a pour horizon un système. Il y a effectivement dans le travail de Jacques Derrida une dimension systématique, que j’ai laissée entrevoir dans les thématiques que je viens de citer. Son œuvre est organisée, rigoureusement structurée, quoiqu’en disent certains lecteurs. Mais partout dans ses textes affleure une profession de foi, une déclaration performative qu'il faut découvrir.

 

3. Du concept au principe.

C'est alors qu'un nouveau problème se pose. Avec cette démarche, ce ne sont plus des concepts qui sont définis, mais des principes. Principe est un mot ambigu qui renvoie à la position du prince et du souverain, au commencement d’un processus, voire à certaines assignations moralisantes ou prescriptives. Un principe ne se démontre pas, il se déclare. En principe, il n’y a pas de demi-principe, un principe se respecte ou ne se respecte pas. Tout principe est absolu, inconditionnel, mais après tout ce n'est qu'un principe, et il y en a d’autres. C’est ainsi que, au sujet de l’œuvre, au lieu de définir des concepts, je commençais à énoncer des principes, et que de fil en aiguille, j’en suis arrivé à l’idée de condenser les résultats de la recherche en un principe unique, que j’appelle principe de l'œuvre. Que ce principe vienne en dernier, en "plus de", n'implique nullement que ce soit un principe des principes, un métaprincipe. Il n'y a ni métaprincipe, ni dernier mot, mais seulement des énoncés suspendus à d'autres énoncés, qui laissent une trace ou n'en laissent pas. Il peut toujours y avoir plus de principes, encore plus, mais notre responsabilité, quelle que soit la manière dont elle opère, c'est qu'un choix se fasse.

Voici donc le choix de principe sur lequel j'ai fini par m'arrêter : Ce qui a lieu dans une oeuvre s'affirme inconditionnellement, en-dehors de tout calcul, de toute finalité et de toute transaction. Ce principe insiste sur l'un des caractères du concept spécifiquement derridien de l'œuvre, son détachement de toute forme d'endettement ou d'intérêt. On ne peut pas le justifier ni en fournir des preuves. Tout ce qu'on peut faire, c'est le retrouver dans telle ou telle oeuvre et le généraliser sur le mode réfléchissant dont je parlais au début. Cela revient à affirmer que toute œuvre étant elle-même une affirmation inconditionnelle, elle ne peut entrer dans aucun système d'échange, aucune économie. Cette affirmation peut sembler contre-intuitive. Une œuvre n'est-elle pas donnée à quelqu'un en échange d'une reconnaissance, d'une satisfaction, d'un plaisir ou d'une rémunération? Justement non. C'est un don absolument pur, qui ne conduit à aucune gratitude ni gratification. Mais alors on est conduit à se poser la question : D'où vient ce principe? Qu'est-ce qui le légitime? On tombe alors sur une difficulté encore plus lourde, car ce principe, c'est la source même du langage, de la pensée, du discours. Dès qu'on pose la question de l'œuvre, il faut s'ouvrir aux énigmes les plus abyssales, qui débordent de loin le champ de cette étude.

 

4. Œuvrance et éthique.

Revenant à la question plus méthodologique du concept d'œuvre, j'en conclus que pour décrire la façon dont il opère dans les ouvrages de Jacques Derrida, on ne peut pas limiter l'analyse aux champs associés traditionnellement à la question de l'oeuvre : l'histoire de l'art, l'esthétique, la critique textuelle ou la philosophie. Il faut s'ouvrir à l'éthique. Dit autrement, telle qu'elle est mise en oeuvre par Jacques Derrida, l'enjeu de la question de l'œuvre se pose, nécessairement dans un rapport à l'éthique. Voilà l’une des conclusions à laquelle j’arrive. Œuvrer, pour Derrida, c'est répondre à des principes et répondre des principes, en ce moment même. Comme je l'explique ailleurs, cette réponse, il la faut, c'est l'éthique même.

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Propositions

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[Par son oeuvre singulière, Jacques Derrida promet un événement qui en engage plus d'un à sa suite : la mise en oeuvre d'une performativité inouïe]

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[Derrida, auto-téléiopoèse, "peut-être"]

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[Le corpus derridien interroge une énigme : comment mettre en oeuvre, autrement, le concept d'oeuvre]

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[Et il faut oeuvrer, c'est l'éthique même]

- Le scripteur : La question du plan, qui semblait insoluble, s’est résolue presque immédiatement quand j'ai eu l'idée du mal radical. Les cinq sous-titres qui forment les cinq parties de la thèse me sont venus à l’esprit. Il était temps, car je me trouvais alors déjà dans la troisième année de recherche, et c’est alors seulement que j’ai pu me mettre à rédiger dans l’ordre à partir des notes que j’avais accumulées. Quand quelque chose s’impose à vous soudainement comme fil directeur, avec les atours de l’évidence, il faut sans doute se méfier. D’un côté c’est une décision assez strictement derridienne, qui vient de l’autre, sans qu’aucun calcul ne l’ait annoncée. Mais d’un autre côté c’est suspect. Il peut y avoir un jeu pervers de l’inconscient. Et l’une des difficultés dont je prends conscience aujourd’hui, c’est que cette idée de résistance au mal radical s’est imposée à moi avec tant de force que je n’ai pas songé à faire une recherche philosophique préalable. Certes j’ai lu Kant, j’ai hésité entre « mal radical » et « loi du pire », mais je n’ai pas vraiment discuté, au fond de moi, ce qui se présentait comme une évidence.

- James : Le paradoxe du concept d'oeuvre de Jacques Derrida, c'est que pour l'élaborer, il faut le déconstruire. Cela passe, bien sûr, par un travail conceptuel, mais ce travail ne mène pas à des concepts, mais à des principes. Le concept lui-même est obscur, il restera une énigme, même remplacé par cette notion peut-être encore plus énigmatique, l'œuvrance. Il y a de l'œuvrance dans les ouvrages de Jacques Derrida, mais pas seulement. Peut-être certaines lignes de faille, certaines bordures instables, par exemple à la lisière des mondes académiques, artistiques, scientifiques ou politiques sont-elles plus propices. Mais ce n'est même pas sûr. Peut-être faut-il d'autres mots pour la nommer, ou peut-être les ouvrages ne sont-ils pas localisables à la manière traditionnelle de l'œuvre. Mais cela non plus n'est pas sûr. Le champ n'est pas circonscrit, il est ouvert sur la promesse d'une œuvre à venir, qu'on ne peut qu'esquisser.

- Le scripteur : Ecrite et publiée, la "thèse" existe comme telle. En témoignent un titre, Le concept d'œuvre de Jacques Derrida, un vaccin contre la loi du pire, différentes sortes de fichiers et aussi quelques kilos de papier qui circulent comme il se doit, dans le champ universitaire ou ailleurs, ça ne se contrôle pas. Mais il ne faut pas confondre ce qui vient derrière avec des progénitures. Derrière est derrière. Contrairement aux apparences, la "thèse" ne vit pas, elle est morte depuis le premier jour.

- Garance : Tu n'espères quand même pas nous faire croire que ce que tu écris, là, n'a aucun rapport avec ce qui reste bel et bien, aux yeux de tout le monde, une thèse?

- Le scripteur : L'une des thèses de la "thèse", c'est que chaque écrit, digne de ce nom, mérite le nom de nouveauté absolue.

- Garance : Tu devrais tourner sept fois ton doigt autour de ton clavier, avant d'écrire "absolu"!

- Le scripteur : L'athèse de la "thèse", c'est qu'on spécule toujours sur la mort, il est impossible de s'arrêter. Il faut bien qu'elle soit morte, la "thèse", pour nous aiguillonner, et cette mort n'est pas relative, elle est absolue, comme toute mort.

- Garance : Mais toi, tu n'arrêtes jamais de l'écrire, ta thèse. Elle est finie, terminée, achevée jusqu'au dernier mot, soutenue depuis longtemps, et tu l'écris toujours!

- Le scripteur : Toi, moi, qui est-ce? Je suis ce qui vient derrière.

 


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