Nous avons besoin de croire, même en des objets dont nous connaissons le caractère factice (paradoxe de Moore). Exemples : notre propre voix intérieure ou le direct à la télévision. Tous deux ne reposent que sur l'évidence non-dite de certains schèmes (ma voix intérieure à une existence singulière, les reportages sont fondés sur du réel), et tous deux générent des croyances absolument irrationnelles, analogues à l'hallucination.
La croyance peut-elle être suspendue? On est tenté de répondre par la négative, même si une pratique comme l'écoute de la musique va dans ce sens. Nous pouvons relativiser la croyance, comme au cinéma, mais pas la suspendre.
Certains systèmes paraissent si solides et cohérents qu'on les croit réels ou naturels. Ce fut le cas par exemple, en art, de la perspective de la Renaissance. Si elle a fasciné et si elle fascine toujours, c'est parce que la croyance peut s'appuyer sur l'esthétique. Actuellement la croyance visuelle ne se fonde plus sur la géométrie, mais sur le montage de type cinématographique. Le point de fuite est remplacé par le spectre. Un bouleversement aussi radical n'a été possible que parce qu'à un moment, quelque part, toute croyance s'est effondrée, les signes ont craqué, les identifications ont été ébranlées. En voici quelques manifestations parmi d'autres : Dada ou la guerre de 14.
Nous vivons dans un monde fiduciaire dont le lien prend racine en un lieu désertique, abstrait, messianique, où s'ouvre l'autre. |