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Intime, intériorité                     Intime, intériorité
Source (livre) :                
Iphianassa Dentyar - "D'un pur accueil", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 8 avril 1995

 

La Belle au Taraph (Victor Brauner, 1985) -

La voix est ce que j'entends à l'intérieur

   
   
   
                 
                       

Iphianassa Dentyar

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Ma voix est un objet interne qui se place en dehors de moi. Il en résulte une structure d’indissociation qui gouverne la vie spirituelle de l’homme.

Il est étrange que le terme de “résonance intérieure”, qui désigne un objet vocal plutôt qu’un objet visuel, ait été inventé par un peintre (Kandinsky), et non par un musicien. Certes l’idée est présente depuis longtemps (voire depuis toujours) chez les musiciens. Certes, Kandinsky n'était pas que peintre, il était aussi musicien. Il reste qu'à un certain moment, les peintres ont eu l’idée de représenter cette résonance; et pour cela ils ont du en développer le concept. Voilà qui devrait nous faire réfléchir.

Toute voix externe a vocation à être incorporée ou introjectée comme on dit, pour employer un terme utilisé également en mathématiques. L’introjection est une projection violente vers le dedans, dont nous sommes complice et qui est l’une des bases de notre rapport au monde.

S’il existait une voix purement extérieure, c’est-à-dire uniquement dans le monde, nous n’y aurions aucun accès. C’est pourquoi toute voix a vocation à sortir du monde. En s’extrayant du monde, elle devient disponible à une intériorité qui peut être la tienne ou la mienne ou celle d’un autre. Toute voix se constitue en monde qui a pour vocation de s’auto-détruire dans une subjectivité.

Le destin intérieur de la voix est impératif et nécessaire. On peut même aller plus loin et dire que les notions mêmes de l’impératif et du nécessaire sont en rapport avec la voix.

Cette position paradoxale de la voix, entre l’interne et l’externe, prend logiquement la forme de la division. On la trouve dans une infinité de représentations.

Dans la représentation du visage, comme trait barrant ce visage, le divisant.

Dans la représentation du corps, comme facteur de morcellement (la voix ne contient pas en elle-même de puissance unitaire. Elle doit la trouver à l’extérieur, par exemple dans le langage sur le corps).

Dans la représentation de l’espace, comme facteur qui réussit à la fois à englober et à partager. La voix divise le monde.

Qu’elle soit point de jonction entre l’intérieur et l’extérieur est précisément ce qui la rend chair.

Plus la voix s’autonomise socialement, plus je dois la vivre comme intérieure. Il y a là une contradiction qui fait que notre société est celle de l’angoisse.

La Belle au taraph (Victor Brauner, 1945).

 

 

Une femme tient fermement dans sa main cet objet remarquable que Brauner appelle le taraph, ou encore le lunasol. Il s’agit d’un objet cosmique aux propriétés multiples. Il est capable d’émettre une voix qui pénètre directement dans la tête. Cette voix-là peut se passer d’oreille car elle produit son propre cheminement, un trou / non-trou qui possède un accès direct au cerveau comme au larynx. Le sujet fasciné par cette intrusion nous transmet son expérience par le regard.

Nous prions les auteurs ou détenteurs de droits d'illustrations qui n'auraient pu être contactés de nous en excuser, et nous les invitons à nous écrire.  
     


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