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TABLE des MATIERES :

Mode d'emploi des moteurs IDIXA.

                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Le silence                     Le silence
Source : Rhétorique               Rhétorique
André Neher - "L'exil de la parole (du silence biblique au silence d'Auschwitz)", Ed : Seuil, 1970,

Aucune éloquence ne peut rivaliser avec le silence obstiné d'une oeuvre d'art

   
   
   
                 
                       

On dit qu'à l'époque de la tour de Babel, la transmission de la parole se faisait parfaitement. Il n'y avait ni grincement, ni hésitation. On ne cassait pas les briques, on ne manquait pas les paroles. La parole humaine était emmurée dans la matière. Devenue artificielle, la matière avait une sorte d'attrait magnétique. Devant la précision de la machine ou la plasticité de la statue, on ne peut que s'incliner. Elles portent une force silencieuse devant laquelle l'homme démissionne.

On peut voir dans le golem l'ancêtre de l'ordinateur. Il n'est pas un esclave, mais plutôt un chef d'oeuvre. Il dirige l'esprit vers l'idéal, vers le surhomme. Son attrait est magique. Devant lui, c'est nous qui sommes en échec. Il nous semble immortel et nous rappelle à notre mortalité.

Même quand elle est sonore, même quand on lui a donné le langage, l’oeuvre d’art ne parle jamais. Son statut d’oeuvre implique qu’elle soit muette. Ce phénomène me met mal à l’aise. Je suis gèné. Que faire? Je peux rester moi-même silencieux. Alors l’objet prend une sorte de réalité propre, une réalité différente, hors-discours. Il est alors une idole, dans un sens qui n’est pas nécessairement péjoratif : un objet qui témoigne, avec nos pauvres moyens, de l’Autre.

Devant l'artifice, l'homme peut s'incliner en silence. Il peut désirer devenir semblable à cette chose parfaite. Même si cette attitude prend la forme de l’admiration ou du respect de l’art, sa nature profonde est idolâtre. On peut aussi prende une position violemment critique. Cet objet n’est qu’un artifice, une fabrication. Comme le golem, il est incapable de parler, et donc ne mérite pas la vie.

Je peux refuser toute parole à l’objet d’art au nom de la lutte contre l’idolâtrie.

Je peux répondre à l’invitation à parler qui est contenue dans l’oeuvre. Ce pourrait être une définition de l’oeuvre d’art : elle me fait parler.

Je peux imaginer qu’une parole est contenue dans l’oeuvre, bien qu’elle soit muette, et je me sens forcé de la prononcer à sa place. En répondant à cette invitation, je ne deviens pas idolâtre, car c’est ma propre parole que j’exprime.

Je peux aller encore plus loin en se demandant si l’oeuvre est éloquente. Certes, elle ne dit rien. Mais néammoins, parle-t-elle? A-t-elle le moyen de parler? Est-elle autre chose qu’un golem?

Je peux me demander : Qu’en est-il de la parole qui s’exprime autrement que par la parole? L’image pourrait être elle-même une parole, une parole-image.

     


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