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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
"Je suis mort", pointer un hors code                     "Je suis mort", pointer un hors code
Sources (*) : Comment ne pas montrer ? (jouets du cinémonde)               Comment ne pas montrer ? (jouets du cinémonde)
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2017, Page créée le 6 octobre 2016

[Il faut partir de la déclaration folle, inouïe : "Je suis mort", pour pointer un "hors code"]

   
   
   
                 
                       

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(Henri) : Voici une vidéo qui, irrésistiblement, me fait penser à une phrase, une phrase unique : "Je suis mort". Certes, l'appel à projets du service culturel de l'Ambassade de France ne portait pas sur la mort, mais sur le sommeil, et c'est à cet appel que Nancy a répondu en réalisant Sleep well. D'ailleurs, dans sa vidéo, il n'évoque jamais la mort mais il évoque la vie, une vie qui n'est pas ou pas seulement la vie, qui est la vie tellurique, une vie tonique, une vie d'avant la... [silence] de très loin avant la vie et peut-être aussi de très loin au-delà d'elle... Et pourtant c'est cette phrase et seulement cette phrase, "Je suis mort", qui me reste après avoir vu la vidéo. Certes il n'est pas mort, mais remarquez, il n'est pas endormi non plus, ce qui ne l'empêche pas de parler du sommeil. Dire "Je suis mort", c'est comme dire "Je mens", on sait que c'est impossible, aporétique. Et pourtant je peux dire ces deux phrases, "Je mens", "Je suis mort". Tu es libre de me croire ou de ne pas me croire, mais quand JLN apparaît dans cette vidéo, j'ai l'impression qu'il dit "Je suis mort", et je le crois. C'est très irrespectueux, et j'ai honte de dire ça. Je l'admire, et je n'ai aucune raison de désirer sa mort, bien au contraire. Je ne peux pas non plus penser qu'il était mort au moment où il parlait, ce serait absurde. Il est chez lui. Je reconnais ses mots, sa façon de parler, sa pensée. Il est bien vivant, il nous regarde, il s'adresse à nous, il parle du sommeil (et pas de la mort). Je le vois, je sais que c'est lui (son image, son double), mais je ne peux pas m'empêcher de penser : pas encore un spectre et déjà spectral. Cela tient-il à son état de santé, à son âge? A sa façon grave de s'exprimer, à cette sortie de tristesse, de mélancolie qui semble émaner de cette pièce mal éclairée? Je ne sais pas comment l'expliquer, mais après vu le film, je me sens en deuil. Et pourtant je sais qu'aujourd'hui, en ce jour où j'écris (22 août 2018), Jean-Luc Nancy est vivant.

- (Pascual) : J'ai une explication bien plus simple, et plus générale. C'est que ce qui arrive dans cette vidéo arrive aussi dans n'importe quel film. Ce n'est pas l'acteur que tu vois, c'est son spectre.

- (Karen) : Je crois comprendre que cette vidéo a été réalisée le 25 janvier 2018. Elle est datée, et tu peux savoir si, ce jour-là, il était vivant ou non.

- (Henri) : Ce n'est pas la question factuelle, non, ce n'est pas ça qui me préoccupe.

- (Alek) : Mon impression, c'est que Nancy sait qu'il ne parle pas vraiment du sommeil. Il fait semblant d'en parler, sans même chercher à nous tromper. Ecoutez-le : Oui, dans le sommeil, il y a une absence totale, je suis perdu, je suis plus là, personne n'est là, sinon... sinon quelqu'un, oui quelqu'un, mais qui? On ne sait même pas qui bien que ce soit incontestablement... moi. Sa phrase, qui débute le film, commence par oui. C'est un acquiescement. Moi je suis d'accord avec Henri. On ne le voit jamais dormir dans le film, mais on le voit se réveiller. C'est une résurrection inouïe. Il se réveille de sa propre mort.

- (Aelia) : Si tu penses que c'est la vieillesse ou la maladie qui le motive, qu'il est en train d'acquiescer à sa disparition prochaine, tu te trompes. JLN fait l'acteur dans ce film. Il ne se livre pas. Il ne cède à aucune psychologie.

- (Juliette) : N'empêche qu'il profite d'un média pour parler d'autre chose, tout autre chose que ce qu'il dit. C'est sa voix qu'on entend, c'est sa signature qui est apposée sur le programme. Il s'efface deux fois : en tant que filmé (l'acteur, le référent du film), et en tant que personne. La première fois tient à l'essence même du film, et la seconde à ce qui est irréductible en lui, sa singularité.

Et pourtant... Prenons un autre exemple : le film de John Huston, The Dead, a été projeté pour la première fois le lendemain de l'annonce de la mort du réalisateur (dans la nuit du 27 au 28 août 1987). Cela n'était pas indifférent, et cela ne l'est toujours pas aujourd'hui. Il s'agit bien de sa mort. Ce n'est pas lui qui nous en parle (puisqu'il est vraiment mort), c'est son film. Le film est porteur de l'ambiguité, du paradoxe. Il dit : "Je suis mort".

- (Aelia) : On peut toujours filmer quelqu'un qui dit Je suis mort. Mais alors ce n'est pas la mort qui est représentée, c'est un vivant. Il n'est de mort réelle, effective, que hors champ, infilmable. Même quand il arrive que quelqu'un meure en direct, ou presque, comme Kazuo Nishii dans La Danse des Souvenirs, Lettre d’un cerisier jaune en fleur (Naomi Kawase, 2003), son corps mourant est peut-être visible, mais ce qui est filmé de la mort, ce n'est qu'une mort cinématographique.

- (Juliette) : Je persiste à dire qu'il y a quelque chose, dans Sleep well, qui déborde cette mort-là. C'est ce débordement qui nous émeut.

- (Aelia) : La plus cinématographique des morts est celle du héros de La Jetée (Chris Marker, 1961). Il ne veut revenir au début du film que pour revivre la mort qu'il a déjà vécue.

- (Eutocie) : Dans Sleep well, JLN ne dit jamais "Je suis mort". Il ne parle pas de la mort positive, mais du rien. C'est ce rien qu'il fixe avec fascination devant lui, quand il regarde quelque chose qui pourrait être un interlocuteur virtuel.

- (Achille) : John Huston a été l'un des plus grands génies : il est mort la veille de la première projection de son film The Dead, le 29 août 1987. Qui d'autre serait capable de réussir un tel coup? Le thème du film, les souvenirs des personnages, la disparition du réalisateur, tout converge, tout résonne.

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Propositions

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[(Cinéloft) : En disant : "Je suis mort"]

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"Sleep well" (Jean-Luc Nancy, 2018) - Seul un vivant peut dire : "Je suis mort"

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Dire : "Maintenant, je suis mort", c'est mettre en scène une énonciation impossible, un "Je parle" fou, inouï, qui profère en même temps la mort et la vie

- Alek (Cinéloft) : En disant : "Je suis mort".

 


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