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Pierre Delain alias Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 13 fév 2019

 

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Cinéloft : En disant "Je suis mort"

La mort en direct (Bertrand Tavernier, 1980) ou l'œil-caméra comme système d'aveuglement, qui ne fonctionne que pour mettre à mort ce qu'il filme

Cinéloft : En disant "Je suis mort"
   
   
   
"Je suis mort" (ce qui s'en éparpille) "Je suis mort" (ce qui s'en éparpille)
                 
                       

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On peut voir le film comme une critique de la société du spectacle, du système télévisuel, anticipant de quelques décennies la télé-réalité et l'Internet. Mais on peut aussi le voir comme une mise en abyme du cinéma lui-même. Réduire le monde à ce qui peut être vu à partir d'une caméra, c'est s'aveugler. Roddy croit qu'on a transformé son œil, qu'on en a fait une caméra, mais en réalité son œil a déjà disparu. Il n'en reste qu'une prothèse, un prolongement de la machinerie télévisuelle qui a envahi la société. De même que son œil ne supporte pas le noir, la télévision réduit à néant ce qu'elle ne filme pas. Le cameraman se croit multivoyant, mais il est déjà aveugle. Et le pire, comme le montre le film, c'est que la destruction n'atteint pas seulement ce qui vise (son regard), elle atteint ce qui est visé. C'est le second point commun avec le cinéma : il ne peut pas filmer la vie, puisque dans le temps même où il filme, il transforme cette vie en matière morte (la pellicule, le support digital). Le film de Bertrand Tavernier réussit à mettre ensemble ces deux aspects : au nom d'une vision toute-puissante, il faut annihiler ce qui voit et ce qui est vu.

Tant que l'agonie de Katherine peut être pensée comme un spectacle, l'œil machinique ressemble à un œil humain. Ce n'est bien sûr qu'une illusion, puisque cet œil ne fait rien d'autre que mettre en œuvre un programme conçu ailleurs. Mais dès que Roddy voit Katherine comme une personne avec son histoire, son passé, son avenir, dès qu'il commence à considérer cette femme autrement que comme une chose, à l'aimer, l'illusion s'écroule. Ce n'est pas seulement une question de culpabilité ou de dégoût pour sa propre action, c'est une question de confiance. Il a vu, sur l'écran de télévision, qu'on ne pouvait accorder aucune crédibilité à l'image projetée dans l'émission La mort en direct. Cette image n'est pas le résultat d'une vision, mais le déchet d'une procédure technique. Sans le support de la croyance, la machine ne peut plus fonctionner. Roddy doit jeter la source d'énergie dans la mer, il n'a pas d'autre choix. N'oublions pas qu'il s'agit d'un film, et que dans un film l'aveuglement n'est pas circonstanciel, mais irréparable. Sans cadrage, montage et sonorisation d'une matière morte, il n'y a pas de film; et puisqu'il y a un film, c'est qu'il n'y a plus de vision - ce qui prouve qu'un film de métacinéma peut fonctionner comme une démonstration.

Katherine essayant de faire revenir un peu de lumière dans l'œil-caméra de Roddy. Paniqué, celui-ci comprend que la lumière ne reviendra jamais.

 

 

On peut dire de Roddy qu'il est, littéralement, un "cameraman", un homme dont la fonction est strictement réduite à celle d'une caméra. De cet homme, on sait peu de choses. Comment se fait-il qu'il ait accepté cette greffe, qui est aussi une mutilation ? Est-ce à cause de son divorce ? Et pourquoi va-t-il chercher un réconfort auprès de son ex-épouse Tracey ? Il se pourrait que celle-ci soit elle aussi manipulée par NTV. Le couple n'aurait pas d'autre substance que cette fonction technique.

Le cas de Katherine est plus compliqué. Pour le peu qu'il lui reste à vivre, elle choisit de revenir dans la maison isolée de son ancien époux. En traversant les Highlands, elle se retire de la civilisation, elle abandonne sa posture d'auteur à succès et laisse l'argent à son (nouveau) mari. Cette renonciation n'est pas une anticipation de la mort, c'est déjà une mort sociale. En rejoignant les pauvres, les SDF, en voyageant avec des immigrés, en acceptant la compagnie d'un inconnu, elle acquiesce à son propre décès (en latin decessus, départ). Elle laisse entendre : Je suis morte. On peut faire une lecture psychologique de cette décision, qui la conduit au suicide à la fin du film, mais on peut aussi en faire une lecture cinématographique. Alors que Roddy, encore en vie, n'est plus que le reste de sa réduction au statut d'œil-caméra, Katherine n'est plus que le reste de sa réduction au statut d'artefact filmique. Ombres portées sur un mur, ils n'ont pas d'autre psychologie que celle qui leur est assignée par le cinéma.

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Synopsis :

Dans une ville écossaise (Glasgow), la médecine a fait de tels progrès que plus personne ne meurt avant un âge avancé. La mort est devenue une rareté, une exception. Vincent Ferriman, producteur à la chaîne de télévision NTV, a l'idée d'une émission dans laquelle on suivrait l'agonie d'une personne réellement atteinte d'une maladie incurable : La mort en direct. Il choisit Katherine Mortenhoe, écrivaine à succès. Confiante en son médecin, celle-ci croit qu'elle est atteinte d'un mal incurable qui l'emportera en moins de deux mois, dans de grandes souffrances. Vincent lui propose de la rémunérer pour filmer l'évolution de sa maladie. Elle commence par refuser, puis accepte, remet l'argent à son (second) mari et disparaît dans la banlieue de Glasgow. Vincent envoie Roddy, un cadreur professionnel à qui l'on a greffé une caméra miniature dans le cerveau, sur les traces de la fugitive. Roddy retrouve Katherine dans une église qui sert de refuge pour vagabonds. Il se fait passer pour un voyageur de passage, il lui vient en aide et l'accompagne. Katherine ignore qu'un mécanisme permet de transférer les images en direct au studio de télévision. Le succès est immédiat : tout le pays regarde ces images fascinantes.

Katherine porte encore le nom de son premier mari, Mortenhoe. Cet homme a été son seul véritable amour. C'est lui qu'elle veut retrouver dans sa maison du bord de mer avant de mourir. Roddy l'accompagne dans une sorte de road-movie à travers les Highlands. Ils s'arrêtent dans une maison abandonnée. Elle demande à Roddy d'aller lui chercher des produits de beauté et une nouvelle robe. C'est alors que, dans un bar, il se voit en direct à la télévision. C'est une prise de conscience : dégoût, culpabilité, il voudrait renoncer à son rôle d'homme-caméra. Il jette dans la mer la petite lampe nécessaire au mécanisme, puis change d'avis. En vain. La machine greffée ne supporte pas le noir plus de quelques minutes : il devient aveugle.

Le film se termine dans la maison de Gerald Mortenhoe. Le couple est reconstitué. Mortenhoe raconte l'étrange histoire d'un orchestre massacré le jour même où il joue pour la première fois une œuvre d'un compositeur. Pendant ce temps Vincent Ferriman cherche à retrouver Catherine. Il téléphone à Gerald, l'informe qu'il s'agit d'un coup monté, qu'elle ne mourra pas. Mais c'est fini pour Catherine. Tout ce qu'elle veut, c'est mourir ici, au bout du monde, protégée par la musique.

 


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