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Sources (*) : CinéAnalyse : le oui à l'autre de l'aimance (amour, amitié)               CinéAnalyse : le oui à l'autre de l'aimance (amour, amitié)
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 31 janvier 2022

 

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CinéAnalyse : en faisant advenir le "oui" de l'autre

Passe-montagne (Jean-François Stévenin, 1979) - Dire oui à l'amitié - jusqu'à bâtir l'oiseau de bois, au confluent de la combe magique

CinéAnalyse : en faisant advenir le "oui" de l'autre
   
   
   
                 
                       

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Le film s'ouvre sur une carte routière, le plan d'une autoroute avec ses ponts, ses échangeurs, ses ITPC (Interruption de Terre-Plein Central), ses aires de stationnement, ses espaces découverts, etc., comme s'il s'agissait de nous avertir : vous entrez dans un road-movie. Puis vient la présentation des deux principaux personnages : Georges l'architecte et Serge le mécanicien, dont on voit les photos d'enfance. Puis ce sont leurs points communs : tous deux se disputent avec leur conjointe ou ex-conjointe, s'en dissocient, et tous deux ont un certain rapport avec la bagnole. L'un tombe en panne, et l'autre travaille dans un garage. Puis c'est l'endroit où ils se croisent : une station d'autoroute. Les collègues de Georges s'en vont, il reste seul. Puis vient le moment qui, dans cette interprétation, nous intéresse : l'acquiescement. C'est Serge, le mécanicien, qui a proposé à Georges de venir chez lui, dans son garage, pour réparer la voiture; et c'est Georges, l'architecte, qui a accepté de venir dans ce trou perdu. Double acquiescement qui les conduit à manger ensemble (partager un repas), dormir sous le même toit. Georges entre dans le monde de Serge, son milieu, ses copains, ses collègues, ses contradictions, ses problèmes, ses engueulades, et il entre aussi dans sa temporalité (lente). Le temps passe, Georges se dit qu'il devrait partir, il pense au train, à l'avion, mais ne part pas. Des papiers s'échangent, chacun lit ceux de l'autre, ensemble sous la voiture ils préparent les courses. Il faut cacher Georges, la gendarmerie passe, il y a du petit trafic, des voisins plus ou moins sympathiques, du dissimulé, de l'inconnu, de l'obscur. La complicité nait, sans qu'on connaisse l'objet de cette complicité. On déplace les tables, on réaménage, on prépare un autre repas, on parle (un peu), on se tutoie, un copain arrive avec un morceau de glace et une carte routière (encore), on boit, on s'amuse, on dort, on échange les vêtements. Tout le quartier passe dans les environs du garage : familles, clients, anciens combattants.

Pour que la relation de camaraderie se transforme en amitié, il aura fallu que Georges découvre, derrière un panneau de bois, l'autre univers de Serge : une table, une lampe d'architecte, du papier à dessin, des schémas, des plans, un dispositif plus familier pour lui que la mécanique des bagnoles. Il devine immédiatement ce que c'est : un objet volant. Serge répond en lui montrant ses chaussures : puisque tu as deviné, dit-il, nous allons marcher ensemble, et ils marchent. Serge lui montre, au fond d'un bois, la maquette, mais la chose à découvrir, l'énigme, ce n'est pas la maquette, c'est le lieu, un lieu où Serge s'est perdu, il y a 15 ans tout juste, quand il a séché le bac blanc. Il avait alors trouvé, au fond d'une combe, un oiseau. Cette combe est devenue pour lui la combe magique. Ils vont partir, tous deux, à la recherche de cette combe qui se trouve aujourd'hui, selon Serge, au confluent de trois communes (maigre indice).

 

 

L'idée bizarre, donc, vient de Serge, et tous deux y disent "oui". Un rêve de mécanicien rejoint un rêve d’architecte qui rejoint un rêve de cinéaste. C'est le début de l'amitié. Le "oui" n'a pas les mêmes sources, pas les mêmes motivations, pas les mêmes raisons, mais il leur est commun. Ils acquiescent, et cet acquiescement les engage et les entraîne dans une recherche qui n'a rien à voir avec la vie sociale usuelle, vers un lieu isolé dont ils savent très peu de chose.

Quand la voiture s'échoue dans la neige, ils continuent à pied, arrivent dans un hôtel-restaurant en pleine montagne. Serge sort sa carte routière, demande son chemin, un groupe de villageois discute bruyamment, ils se mélangent à eux, suivent le groupe, se laissent transporter, les gens parlent tous en même temps, paroles confuses, silences, gestes d'affection, étrange numéro d'un homme avec un chien hurleur. On boit, bière et cognac mêlés, de salle en salle de café, puis c'est l'aube, ils repartent à pied, arrivent dans une école, cherchent des informations, peut-être le cadastre. Sur un plan affiché au mur, ils trouvent le lieu où les trois communes se croisent, se sauvent à toutes jambes quand des gens arrivent, se retrouvent dans une sorte d'auberge, s'endorment, se réveillent, quelqu'un les reconduit jusqu'à leur voiture. Ils roulent, repartent à pied dans la forêt, réussissent à trouver la limite exacte des trois communes. C'est l'endroit cherché pour fabriquer l'oiseau de bois, avec un seul arbre. Ils en choisissent un, l'abattent à la tronçonneuse, reviennent à l'hôtel, se lavent, fument, se reposent. Le soir, c'est le bal, la fête, ils dansent, ils payent leur dette. Ça chante, on se bagarre, on joue, semble-t-il, à enterrer la vie de garçon (ou autre chose). Le film se termine dans la montagne. Dans l'oiseau de bois, Serge, seul, écoute un enregistrement de leurs conversations.

Qu'est-ce qui a fait que ces deux personnes, si différentes l'une de l'autre, se sont trouvées toutes les deux engagées, ensemble, dans le même périple ? Le film ne le dit pas clairement, il propose des traces emmêlées, sans ordre. Jean-François Stévenin a tourné ce film en plans-séquences, puis il les a cassés, fracassés, morcelés et réassemblés, un réagencement qui les a transmutés en un flux continu d'un autre genre. Ces plans racontaient une histoire qui est sous-jacente au film, qu'on peut encore deviner bien qu'on n'en comprenne que difficilement le détail. Le film, c'est l'histoire, mais c'est aussi tout autre chose que l'histoire. C'est un film à thème, une aventure d'amitié. Entre Jean-François Stévenin et le monteur Yann Dedet, l'amitié a été durable, profonde. On la retrouve aussi, sur un autre mode, entre les deux acteurs, Jean-François Stévenin et Jacques Villeret, entre l'équipe du film et les habitants du coin, entre les acteurs professionnels et les acteurs occasionnels, et aussi entre Jean-François Stévenin et sa région de naissance, le Jura, auquel il peut enfin dire oui après avoir longtemps dit non. L'amitié dans ce film n'est pas seulement un thème, c'est un mouvement performatif, une puissance d'agir, une « agency », un événement qui instaure entre plus d’une personne une relation singulière, chaque fois différente, une aimance. S'il peut y avoir une relation de ce genre entre personnes disparates, c'est que la faculté de répondre est partagée par tous, sans être identique. Chaque fois c’est une aventure qui n'a pas d'autre ancrage que l'aventure elle-même. Il n'y a pas de cause à la combe magique, pas de raison "objective" pour que naisse cette amitié. Ils n'ont rien à défendre ensemble, aucun intérêt commun, et pourtant ça marche. C'est à nous d'en témoigner, nous spectateurs qui voguons sur cet oiseau de bois qu'est le film.

 


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