Derrida
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Sources (*) : CinéAnalyse : en laissant l'autre venir chez soi (hospitalité)               CinéAnalyse : en laissant l'autre venir chez soi (hospitalité)
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 24 janvier 2022

 

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Le locataire (Roman Polanski, 1976) - Le défaut absolu d'hospitalité conduit à la folie, au suicide

   
   
   
                 
                       

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C’est l'homme le plus banal, le plus quelconque. Il est de nationalité tout à fait française avec comme seule particularité son nom, Trelkovsky, un nom de Juif polonais. Timide et réservé, il travaille dans un service d’archives et se lie difficilement avec ses collègues. Le film commence quand cet homme, incarné par Polanski lui-même, visite un appartement inoccupé, dans un quartier populaire de Paris, pour le louer. Le seul défaut de cet appartement, qui lui semble agréable, c’est que les toilettes sont collectives, à l'extérieur. Lors de la visite, la concierge lui apprend que Simone Choule, l'ancienne locataire, s’est suicidée sans raison apparente, en se jetant de la fenêtre de l'appartement. Malgré cela, il décide d’emménager, et s’engage auprès du propriétaire de l’immeuble à respecter le calme et la tranquillité. Mais peu à peu, il a l’impression que tous les habitants lui sont hostiles. Ni le propriétaire, ni le gérant du café, ni la concierge, ni les voisins, ni personne (pas même ses collègues de bureau) ne lui accorde le moindre début d'accueil positif. Il sait que pour se faire accepter dans un lieu comme celui-là, il faut en accepter les règles, et il fait tout ce qu'il peut pour les mettre en œuvre : propreté, silence, respectabilité. Mais ça ne marche pas. Soit les événements lui échappent et les règles sont transgressées, soit il agit conformément à la norme et tout ce qu'il fait est interprété négativement. Les autres font tout pour lui faire comprendre qu'ils sont chez eux, et que lui, il n'est pas chez lui, quoi qu'il fasse. On le surveille, on le critique, on lui conteste le droit à recevoir des gens, d'avoir une petite amie (d'ailleurs il n'en a pas). Chaque bruit, chaque geste qu'il fait, peut se retourner contre lui. La progression est si implacable que le spectateur devine rapidement la suite : Trelkovsky lui aussi va se suicider.

Trelkovsky, habillé en Simone Choule, sur le point de suivre le même chemin qu'elle.

 

 

Le film nous fait comprendre que l'hospitalité agit plus par son absence que par sa présence. Là où elle est écartée, éliminée, forclose, on ne peut pas vivre. Trelkovsky est plein de bonne volonté, il préférerait de loin remplir toutes ses obligations, mais il n'y a rien à faire, malgré ses efforts, il ne respecte pas leurs règles. Il est sincère, il fait le maximum pour être comme tout le monde, mais quoi qu’il fasse, il se heurte à un impossible. Les règles ne sont pas faites pour lui, il ne peut pas les respecter. Son statut d'étranger ou d'extériorité est plus fort, plus puissant que toutes ses actions. La loi est établie par les autres, il ne peut rien y changer, et cette loi dit « Tu n’es pas comme nous ». Même cette phrase, il ne la conteste pas. Il se dit lui-même : « Je ne suis pas comme moi », mais il sait qu'il ne pourra jamais les rejoindre et qu'il ne sera jamais ni comme eux, ni comme lui-même. Cette situation est d’autant moins contrôlable par lui qu’elle a probablement déjà été vécue par la précédente locataire, Simone Choule, à laquelle il ne peut que s’identifier malgré les énormes différences entre eux (y compris le sexe). Si elle, elle a échoué, il est fatal qu'il échoue lui aussi. C'est ainsi qu'il est peu à peu vidé de toute singularité. Il n’a plus rien à défendre, il ne sait pas qui il est, ni ce qu’il est, il en vient à se demander s'il est encore quelque chose (ou quelqu’un). Si les autres reconnaissaient une particularité quelconque venant de lui, un détail, il pourrait peut-être s’en sortir, mais ils ne reconnaissent rien, il n’y a rien en lui qui puisse être appréhendé, accepté ou rejeté. Au fond, jamais il n'a cru en lui-même. S'il n'y avait eu qu'un minuscule brin d'accueil de leur part, il aurait pu y croire, et peut-être aurait-il survécu. Mais il n’y en a pas, il ne peut pas y en avoir. Le film se termine comme il commence : par la mort de Simone Choule, qui est aussi la sienne.

 


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1976.PO.LAN

SAOParcours

EP.LLK

zm.Polanski.1976

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Genre = MH - NP