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Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 28 novembre 2021

 

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CinéAnalyse : en soutenant la singularité d'un désir

Compartiment N°6 (Juho Kuosmanen, 2021) - Un désir unique, singulier, déclenché par la rencontre improbable, indécise, de deux solitudes

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CinéAnalyse : le oui à l'autre par aimance, amitié CinéAnalyse : le oui à l'autre par aimance, amitié
                 
                       

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C'est la Russie des années 90. Laura, finlandaise, a vécu quelque temps dans le bel appartement moscovite de son amie Irina, avec laquelle elle partageait également ses nuits. Les deux jeunes femmes ont prévu de faire ensemble un voyage en train vers Mourmansk, en passant par Saint-Pétersbourg et Petrozavodsk, un voyage qui à l'époque durait plusieurs jours. Le but annoncé est la découverte des pétroglyphes de l'île de Kanozero. Pourquoi Laura décide-t-elle d'aller voir ces dessins seule, sans son amie? Ce n'est pas clair. Il est possible que les mondanités moscovites commencent à l'ennuyer, ou qu'elle sente que sa liaison avec Irina se délite. Il est possible aussi qu'elle ait envie de quitter Moscou, d'aller vers le nord, vers la Norvège, vers la Finlande. Quoiqu'il en soit, elle se retrouve dans le train, dans le même compartiment qu'un jeune russe passablement rustre, Ljoha.

Tout est imprécis dans ce commencement de film : la date, le but du voyage, la raison pour laquelle elle veut voir les pétroglyphes, leur ancienneté, les raisons de l'éloignement d'Irina et de ce départ en plein hiver. L'important dans un voyage ce n'est pas où tu fuis, mais d'où tu pars, entend-on dire dans le salon moscovite, mais dans le cas particulier, d'où part-elle ? Les indications sont succinctes. Du passé de Laura, on ne saura presque rien, et de celui de Ljoha, rien du tout. La rencontre est ponctuelle, elle se produit dans un temps approximatif, suspendu. L'un va travailler dans le complexe minier de Mourmansk pour se faire un peu d'argent, et l'autre n'a pas de but précis. Les deux personnes sont très différentes mais quelque chose les réunit, une chose qui restera secrète jusqu'au bout, "un peu comme la rencontre d'un jumeau et d'une jumelle qui méconnaissent l'existence de l'autre" déclare le réalisateur. C'est ce quelque chose qui arrive entre eux, une rencontre, qui fait tout l'intérêt du film.

Quelle rencontre ? Premier temps : Ljoha invite Laura à dormir une nuit dans la maison d'une babouchka russe. Laura est rassurée, séduite par cette relation qu'elle n'imaginait pas. Après cela surgit un autre personnage, un Finlandais apparemment plus proche de Laura qui s'avère être un pickpocket, un voleur. La position de Ljoha est inversée : c'est lui qui prend la place du garçon honnête, sincère.

Laura et Ljoha endormis, dans le taxi qui les mène aux pétroglyphes de l'île de Kanozero.

 

 

Leur attirance mutuelle passe par une certaine fascination, la naissance d'un désir d'un autre type que ni l'un ni l'autre ne peut définir. Ils vont ensemble au restaurant, elle lui montre le dessin qu'elle a fait de lui, son visage endormi, elle lui demande son adresse mais il ne peut pas la donner, c'est trop pour lui, il est déstabilisé, il s'enfuit. Alors que le comportement d'Irina prenait appui sur une claire identité à soi, une parole vive, orale, audible et reconnue par autrui, Ljoha se conduit comme un jeune russe moyen, comme si ce qu'il disait n'avait aucune importance, comme s'il se détachait lui-même de sa conduite et de ses propos. Ce qu'on peut entendre de son désir passe par une voix fantomatique, tremblante, idiomatique - inaudible. Le contraste est grand entre une Irina capable de protéger scrupuleusement son autonomie et un Ljoha toujours extérieur à ce qu'il dit, toujours exposé à se livrer plus qu'il ne le voudrait. Laura se rend compte, avec étonnement, que c'est ce désir-là qu'elle désire, que c'est ce désir-là qui résonne avec le sien.

Aucun circuit touristique n'existant en hiver pour accéder aux pétroglyphes, Laura ne sait plus quoi faire de son séjour à Mourmansk. C'est elle qui prend l'initiative de chercher Ljoha dans le complexe minier, et finalement c'est lui qui vient la prendre à l'hôtel et la conduit dans l'île de Kanozero. Ils passent alors un moment unique, étrange, où ils se poursuivent l'un l'autre dans la neige, se touchent, s'enlacent. Mais leur relation, quoique hétérosexuelle, entretient un rapport étrange au sexe. Le désir produit par la présence de l'autre oscille entre différence sexuelle, relation affective et amour impossible. Ils peuvent jouer ensemble, s'amuser, se caresser, mais ce moment de détente masque une difficulté quasi insurmontable à faire couple. Ljoha s'est montré capable d'obscénité, il a parlé de sa chatte, mais il est incapable d'assumer une relation pleine, "adulte", entre sujets, avec elle. Entre ces deux personnes qui se rencontrent, ce qui se rencontre en eux reste opaque, incertain, indécis. Ils ne se présentent pas l'un à l'autre comme sujets, mais dans une relation antésubjective, inqualifiable et indescriptible - peut-être plus proche de l'amitié que de l'amour.

Le film se concentre sur la simplicité d'une histoire linéaire, aussi linéaire que la voie de chemin de fer Moscou-Mourmansk. Il est suffisamment mélodramatique pour émouvoir, mais pas suffisamment pour se subordonner à une morale - comme tout mélodrame qui se respecte. Il se termine dans l'indécision d'une pure rencontre, une épure de rencontre, une rencontre à l'état pur qui ouvre à une dimension du désir que tous deux ignoraient.

 


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