Derrida
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L'écranophile en voix off                     L'écranophile en voix off
Sources (*) : CinéAnalyse : Il faut que je te porte               CinéAnalyse : Il faut que je te porte
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 10 novembre 2020

 

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Un tramway nommé désir (Elia Kazan, 1951) - Un monde s'en est allé, il n'en reste rien d'autre que cette femme, la folle, l'exclue, qui ébranle à jamais "notre" monde

   
   
   
                 
                       

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C'est l'histoire de Blanche DuBois (Vivian Leigh) sur la dernière marche de la décadence de sa famille. Elle a perdu la maison familiale de Belle-Rêve (jolie expression qu'aucun locuteur de langue française n'aurait jamais inventée) et rejoint sa soeur Stella, qui habite avec un ouvrier, Stanley Kowalski (Marlon Brando). Sa sœur est vraiment mariée avec l'homme le plus masculin qui soit, elle est vraiment enceinte et va vraiment avoir un enfant, tandis qu'elle, Blanche, doit inventer des histoires pour justifier sa soudaine irruption. Elle ne se trompe pas elle-même, d'ailleurs elle ne trompe personne, mais il faut qu'elle se protège. Elle a tellement pris l'habitude de faire semblant que la crédibilité n'a plus aucune importance : elle n'a pas le choix, il faut continuer.

Il y a chez les deux sœurs la même intensité de désir (ou de fantasme) sexuel, mais l'une a trouvé un objet, et l'autre non. Stella déclare qu'elle ne peut pas se passer de Stan, elle est en attente de son corps, de sa présence, du matin au soir. Blanche perturbe cet équilibre. Elle ressemble à sa sœur, mais comme elle est incapable de fixer son désir, elle le déplace sur un discours de culture ou de pureté dont la crédibilité est à peu près égale à zéro. Ce n'est qu'une fable, un semblant d'absolu, mais ce semblant suffit pour perturber le réel. Stan est la première victime de cette perturbation. Pour continuer ses saoûleries, sa fuite dans le jeu, ses explosions de colère et ses accès de violence, il faut qu'il se débarrasse de la femme-semblant, comme si elle était quand même porteuse d'une vérité, d'une sorte d'authenticité qui contrarie son style de vie. Bien que solitaire et frustrée, Blanche incarne un certain secret de toute la bande, secret refoulé mais partagé par Stan, Stella, les joueurs de poker, les voisins, les voisines et tout l'environnement. Ce sont eux les frustrés et elle, la détentrice de ce secret qu'elle ignore elle-même, qui reste caché, encrypté, derrière ses mensonges et ses simulacres. Si Stan, le cochon, le fauve, le porc, ne la supporte pas, c'est parce qu'il repère en elle ce qu'il aurait voulu ne jamais rencontré.

La nymphomanie de Blanche fait scandale. Elle est dénoncée par Stanley, l'être le plus sexuel qui soit, le phallus vivant. Le film est construit sur ces deux personnages qui se répondent sans se répondre. Leur relation se terminera par le symbole du viol : un miroir brisé. Il est probable que Stan ne s'y est jamais regardé, et pour Blanche, il est trop douloureux. Le viol brise les semblants, il les met tous face aux responsabilités qu'ils refusent. La seule sortie possible, qui rend service à tout le monde, c'est l'hôpital psychiatrique.

Blanche DuBois, peu avant qu'elle ne soit violée par Stanley Kowalski.

 

 

Le monde de Blanche s'est désintégré alors qu'elle était encore là-bas, à Belle-Rêve. Ses parents sont morts, son jeune mari s'est révélé homosexuel. On la dit nymphomane, alors qu'il s'agit surtout pour elle de soutenir ses fantasmes. Elle n'a plus rien sur quoi s'appuyer, sauf son corps, son apparence, son image spéculaire si fragile qu'elle ne supporte pas de la voir en pleine lumière. Elle n'a plus de monde, elle arrive chez sa sœur avec sa malle pleine (toutes ses possessions), mais sans monde. Ces robes, cette paperasserie, ces bijoux, ça ne peut pas faire monde. Elle espère que quelqu'un va la porter quelque part, mais qui pourrait la porter ? Mitch est bien gentil, mais il n'est pas à la hauteur, il n'est même pas quelqu'un. Son monde est impartageable, et pourtant ce qui arrive avec elle les contamine tous. Tous sont ébranlés, Stella bien sûr mais aussi Stanley, malgré sa présence physique et ses fanfaronnades. C'est comme si leur monde à eux était délégitimé par cette apparition, comme si la figure de Blanche devait pour toujours s'inscruster comme une fissure, un tremblement. Plus rien ne sera comme avant. Ce qui est arrivé comme supplément dans le monde ouvrier de la Nouvelle Orléans opère comme amputation. Entre le poker, le bowling, les soirées au cinéma et l'ambivalence des couples, ils s'inscrivaient dans un certain cycle de vie, une stabilité, un rythme. Tout cela sera, comme le miroir, brisé par le passage de Blanche. Elle se sera portée elle-même dans leur monde, transportée, transbordée ou "transmondée", et sa trace ne disparaitra pas.

Que Stella et Stanley finissent par se retrouver, comme dans la pièce d'origine de Tennessee Williams, ou qu'ils se séparent définitivement comme le laisse entendre la dernière image du film, leur couple sera toujours hanté par l'altérité de Blanche, désormais inscrite en eux-mêmes. Cette altérité les sépare et les unit. L'enfant né de leur rapport sexuel devra vivre avec cet héritage. Il est possible qu'on ne parle plus jamais de Blanche, qu'on l'oublie, mais quelque chose du fantôme de Belle-Rêve, dans le non-dit ou l'impossible à dire des uns et des autres, survivra génération après génération.

Résumé (reprise modifiée de la description du Ciné-Club de Caen) :

 

(Scène 1a). Blanche DuBois arrive à la Nouvelle Orléans. Elle prend un tramway nommé "Désir" (du nom de la Desire Street) et arrive dans l'appartement que sa sœur Stella habite dans le vieux quartier français. Elles se retrouvent au bowling. Blanche explique à Stella qu'elle se trouve en congé de longue durée après des semaines éprouvantes dans son lycée. (fondu enchaîné)

 

(Scène 1b). Stella prépare un bain chaud pour sa sœur. Blanche qualifie le deux pièces de taudis mais accepte de coucher dans un lit pliant. Elle annonce à sa sœur qu'elle a perdu la propriété familiale de Belle-Rêve, dans la ville d'Auriol. Stella pleure et s'enferme dans la chambre. Blanche seule accueille Stanley (fondu au noir)

 

(Scène 2). Stanley ramène de la gare la malle de Blanche. Il doit faire un poker avec ses amis tandis qu'elles vont au cinéma. Stanley prend très mal la perte de Belle-Rêve. Le code napoléon lui donne le droit à la moitié de l'héritage de sa femme. Il demande à Blanche de prouver la vente par des documents et trahit la grossesse de Stella. Blanche pense s'être bien tirée de la confrontation avec Stan. Les sœurs vont au cinéma (fondu enchaîné).

 

(Scène 3) Plus tard dans la nuit, la voisine Eunice proteste contre les joueurs de poker qui font du bruit. Puis c'est au tour de Blanche et Stella de rentrer. Blanche met la radio ce qui énerve Stanley en train de prdre aux cartes. Mitch vient flirter avec Blanche, il lui présentant un étui offert par sa mère qui va mourir bientôt. Blanche se présente comme Mlle Dubois, nom français qui parle de forêts. Elle est Blanche de la forêt tel un verger au printemps. Mitch est charmé. Stanley balance la radio par la fenêtre et bat Stella. Dessoulé sous la douche par ses amis, il regrette ses coups sur Stella refugiée chez Eunice. Stanley l'appelle : elle redescend. Blanche est déçue. Mitch revient vers elle. Elle avoue avoir besoin de gentillesse (fondu au noir).

 

(Scène 4) Le lendemain matin Stanley revient sali après avoir vidangé une voiture. Blanche fait la leçon à sa sœur lui reprochant son désir brutal, analogue au nom de ce vieux tramway qui roule bruyamment. Elle lui rappelle leur éducation distinguée, mais lorsque Stanley parait, Stella fond dans ses bras. (fondu au noir)

 

(Scène 5). Eunice et son mari Steve se battent puis se réconcilient. Stanley interroge Blanche sur un certain Shaw qui l'aurait vue à Auriol à l'hôtel Flamingo de mauvaise réputation. C'est jour d'orage. Blanche, effondrée déclare à sa sœur qu'elle a besoin de Mitch pour se sentir au calme. Un jeune vendeur de journaux vient collecter des fonds dans l'appartement. Blanche tente de le retenir et en obtient un baiser. Mitch survient pour l'inviter à sortir (fondu enchaîné).

 

(Scène 6). Blanche et Mitch sortent d'une boîte de jazz bruyante où Blanche s'est ennuyée. Elle est attendrie par la disparition prochaine de la mère de Mitch et lui raconte son histoire avec Allen qui s'est suicidé au Moon Lake Casino : "Tu es un faible, je n'ai aucun respect pour toi, je te méprise" avait-elle dit à Allen. Il est probable que c'est aussi ce qu'elle pense de Mitch (fondu au noir)

 

(Scène 7). Stanley dans son usine a révélé à Mitch que Blanche était nymphomane, voire se prostituait. Il supporte Blanche depuis cinq mois et explique à Stella qu'il ne pouvait cacher cette vérité à son pote d'armée et de travail. Blanche, qui sort du bain, se doute de quelque chose.

 

(Scène 8). Repas d'anniversaire de Blanche. La chaise de Mitch restant vide, l'ambiance est calamiteuse. Stella accuse son mari de manger comme un porc. Il débarrasse la table en cassant les couverts. Il se réconcilie avec Stella dans le jardin pendant que Blanche téléphone vainement à Mitch. Puis Stan se met en colère quand Blanche le traite de Pollack. Avant d'aller au bowling, il offre cruellement à Blanche comme cadeau d'anniversaire un billet de retour pour Auriol. Stella se met en colère. Stella est prise de contractions et demande à Stanley de l'amener à la clinique pour accoucher. (fondu au noir)

 

(Scène 9). Tardivement, Mitch arrive complètement saoul, pendant que Blanche écoute de la musique. Mitch ne lui en veut pas pour son âge qu'elle a dissimulé mais pour ses vieux principes surannés. Blanche explique que la panique la poussait d'homme en homme dans l'espoir de trouver une protection éphémère, y compris auprès d'un garçon de 17 ans. Elle a été jugée moralement inapte à l'enseignement. Mitch aurait pu être un petit abri ou elle se serait cachée dans ce monde indifférent. L'eau peut être pure, l'air aussi, mais pas le cœur d'un être humain. C'est alors qu'elle voit par la porte une vendeuse de fleurs mortuaires, qui la terrorise. Mitch l'embrasse mais ne veut plus l'épouser, elle n'est pas assez pure pour sa mère. Blanche le chasse en criant. Les passants s'inquiètent et appellent la police mais Blanche ne leur ouvre pas (fondu au noir).

 

(Scène 10). Blanche a mis ses beaux habits. Stanley la surprend ainsi alors qu'il revient de la clinique où Stella a accouché. Elle invente qu'un millionnaire de Dallas l'a invitée par télégramme pour une croisière aux Antilles sur un yacht. Stanley ravi propose d'enterrer la hache de guerre. Blanche raconte aussi comment elle a chassé Mitch revenu lui demander pardon. Stanley ne croit plus au télégramme. Elle veut fuir mais elle en est empêchée par la vendeuse de couronnes mortuaires. Désespérée, elle veut appeler par téléphone le service dees télégrammes, puis, affolée, se précipite vers la porte que Stanley ferme. Elle casse une bouteille pour se défendre. Il s'en amuse puis il la pousse vers le lit. Un miroir est brisé (fondu au noir).

 

(Scène 11). La rue est nettoyée à grandes eaux. Stella prend le bébé dans le berceau. Stanley, Mitch, Steve et Pablo jouent au poker. Eunice les réprimande; ce jour ne devrait pas être festif. Blanche prend son bain en croyant qu'elle va partir aux Antilles. Stanley doit se justifier devant ses amis. Il prétend ne pas l'avoir touchée. Un docteur de l'asile et une infirmière vienne chercher Blanche qui a basculé dans la folie. Stella accompagne sas sœur jusqu'au porche et refuse que Stanley la touche. Elle monte se réfugier chez la voisine Eunice. Stanley l'appelle mais, cette fois, Stella semble décidée à se séparer de son mari.

 

 


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1951.KA.ZAN

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zm.Kazan.1951

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