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Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 3 novembre 2020

 

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CinéAnalyse : métacinéma et mise en abyme

L'Homme qui tua Don Quichotte (Terry Gilliam, 2018) - ce qui, en plus d'un film, reste d'un tournage : le destin bouleversé des acteurs d'occasion

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D'un tournage, on ne retient généralement qu'un film plus quelques anecdotes qui peuvent éventuellement concerner les acteurs, l'histoire du scénario ou les caractéristiques de la production. Ce film montre autre chose : ce que ni le réalisateur ni aucun des membres de la production n'a retenu. Toby avait tourné son premier long métrage dans un village espagnol. Il avait alors embauché comme acteurs des gens de la région dont il trouvait qu'ils avaient "une belle tête". C'est ainsi que Javier est devenu Don Quichotte, le gros homme qui jouait Sancho Panza est mort d'alcoolisme, et la jeune Angelica, 15 ans, fille de l'aubergiste, a tourné quelques extraits où elle n'est qu'une fille du village. Toby revient dix ans plus tard dans la région. Il avait oublié son film, mais il s'aperçoit qu'on en vend encore des copies sur place. Il a alors l'idée d'aller voir ce qu'est devenu le village. Stupéfaction : Javier est devenu fou et se prend pour un vrai Don Quichotte, tandis qu'Angelica, qui rêvait de devenir actrice, est devenue prostituée en passant par Madrid, Barcelone ou Marseille. Toby se trouve confronté aux restes de son film, qui ne sont pas de la pellicule mais des êtres vivants pour qui le tournage a été l'expérience majeure de leur vie. Pris dans le délire de Javier-Don Quichotte, Toby finit par se mettre à son service et devenir un nouveau Sancho Panza. Inversion radicale des rôles : le démiurge devenu l'esclave et le produit de sa production.

De ce versant du cinéma rarement exploré, Terry Gilliam tire une série de mises en abyme aussi tordues, complexes et drôles qu'on peut l'imaginer. Le réalisateur (Toby) a offert à Javier une vie spectrale au cinéma sous l'identité de Don Quichotte; ce Don Quichotte spectral offre à Toby une autre identité sous le nom de Sancho. Dans la dernière scène, au moment de sa mort, c'est Toby lui-même qui devient Don Quichotte et Angelica qui, plus ou moins amoureuse de Toby, accepte à son tour de prendre l'identité de Sancho pour complaire à Toby-Don Quichotte. Toby ne savait pas qu'en tournant ce film il racontait sa propre histoire (comme le Don Quichotte de Cervantès).

Le premier choix de l'acteur.

 

 

Y a-t-il une culpabilité du réalisateur? Est-il en dette par rapport à ceux qu'il a fait jouer?

La nostalgie de Terry Gilliam vis-à-vis de ses années de jeunesse se confond peut-être avec la nostalgie de Toby à l'époque de son premier film, quand il ne savait pas encore qu'il vivrait de la publicité.

Le film a mis si longtemps à être réalisé qu'il finit par être le récit de sa propre réalisation. Un film qui se raconte, dans le scénario duquel Terry Gilliam a mis plus d'une anecdote arrivée pendant la durée de la réalisation elle-même.

Toby Grisoni, un réalisateur de pubs cynique et désabusé, se rend en Espagne pour le tournage d'une publicité. Il y rencontre un gitan qui lui offre une copie d'un film de fin d'étude, une adaptation lyrique de l'histoire de Don Quichotte, que Toby avait réalisée dans la région il y a une dizaine d'années. Emu de cette redcouverte, Toby part à la recherche du petit village de Los Suenos où il avait tourné ce film. Mais Javier, le vieux cordonnier espagnol qui avait joué le rôle de Don Quichotte est devenu fou. Tout le village a été transformé par ce tournage.

 


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