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Sources (*) : CinéAnalyse : En se mesurant à la possibilité du pire               CinéAnalyse : En se mesurant à la possibilité du pire
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 17 sept 2020

 

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Essai sur le mal d'abstraction

Soleil vert (Richard Fleischer, 1973) - Là où des cadavres se nourrissent de cadavres, ça ne fait plus monde, c'est sans monde

Essai sur le mal d'abstraction
   
   
   
                 
                       

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Le générique est un résumé de tout ce qui s'est passé avant l'action du film : consommation de masse, machinisation, déchets, destruction de l'environnement, guerres, pollution, etc. Cet avant, c'est quand il y avait un monde. Il y avait un monde autrefois dit Sol (34'). Le temps du film, c'est celui où l'on est à l'extrême limite où le monde (le monde comme tel) aura disparu. Die Welt ist fort écrit Paul Celan : il y a encore une mémoire, des vieux qui ont connu l'ancien monde, des jeunes qui se souviennent d'une cérémonie d'enterrement d'une grand-mère, des livres clandestinement conservés en un lieu qu'on nomme L'échange, une église avec un prêtre, un confessionnal et une mission de charité, etc., mais tout cela est extrêmement fragile, menacé, et sur le point de disparaître. Certes ça n'a pas encore disparu. S'il y a de la culpabilité, de la détresse, du suicide, c'est qu'il y a encore du monde, mais tout indique que ce reste est en voie d'effacement. On n'en est pas encore au stade où il n'y aurait plus aucun souvenir, plus la moindre trace de l'ancien monde; Grâce à son métier, le détective Thorn découvre encore des reliquats mondains : une pomme, du bourbon, de la viande de bœuf, de la confiture de fraise, il peut imaginer la possibilité de faire revenir ou de restituer le monde d'avant. C'est une possibilité restreinte, disparaissante, mais effective, une possibilité sans laquelle il n'y aurait pas de film. Cette dimension du pas encore entretient la dynamique du film jusqu'à la fin, au moment où Thorn crie la vérité, supplie son supérieur hiérarchique de la dévoiler. On devine qu'il ne se passera rien, qu'on restera dans le pas encore. Thorn mourra avant d'avoir pu inverser le mouvement, personne n'entendra sa supplique, et nous avons l'impression, plusieurs décennies plus tard, de vivre encore dans ce pas encore.

Thorn est la preuve que même là, presque sans monde, on peut être encore vivant. Une étincelle peut tout remettre en route, en chemin, mais ce n'est qu'une possibilité. Dans l'immédiat, ça n'arrive pas, il ne reste à Thorn d'autre perspective que la mort.

La chaîne de transformation des cadavres.

 

 

La question du mal radical est l'une des obsessions du cinéma, elle est montrée, développée, déployée avec insistances dans d'innombrables films sur tous les continents, les pays, les champs et les thématiques. La liste est longue : violence, cruauté, guerre, meurtre, domination, horreur, apocalypse, etc. La particularité de ce film, sa qualité unique, c'est sa rigueur formelle. Il montre d'une manière presque abstraite la structure du mal radical à notre époque. C'est cela qui est important, à notre époque, où tout est organisé pour la production, la fabrication d'objets, la rentabilité, le développement. Le film porte aux extrêmes les tendances d'aujourd'hui : machinisme, production mondialisée, inégalités abyssales. Il n'y a presque plus d'extériorité : les habitants se nourrissent du prolongements d'eux-mêmes (les cadavres), ils sont réduits à leurs stricts besoins, sans distractions ni plaisirs. Les marges sont si étroites qu'on peut dire que, pour la plupart, ils sont déjà presque morts. On ne dira pas que le film est réaliste, car la situation effective de 2020 est (heureusement) bien moins pire. Le système n'agit pas pure domination, il cherche à séduire par la consommation, les loisirs, etc. Malgré ces (très) grandes différences, le film est structurellement exact. Ce n'est pas une description, c'est un enseignement : aujourd'hui, le mal est impersonnel, c'est celui du rendement, de la productivité. Il y a bien encore de la violence physique, des meurtres, mais ce n'est qu'un effet, une conséquence de la chaîne : abstraction, formalisation, cloisonnement, objectivation, religion, savoir absolu, violence étatique. Calculable et impersonnelle, la menace n'a pas de frontière.

Le monde pourrait s'arrêter, mais pour que ça continue, il faut que se reproduise la logique du pas encore. Le détective et son acolyte bibliophile ont pour tâche, pour métier, de chercher des indices, des preuves, des traces. Bien qu'on leur interdise de mener à bien ce travail, leur fonction reste théoriquement en vigueur. Si le mal radical aboutissait, il n'y aurait plus aucune brèche. Ils surfent sur la possibilité, même minime, d'un échec. Sans cette possibilité, il n'y aurait pas de film. Or le film existe : il démontre à la fois la possibilité du mal radical et la possibilité, toujours ouverte, d'une résistance. Si Thorn a pu résister, d'autres le pourront aussi.

Le film montre le seul moment où la singularité des personnes est reconnue : l'euthanasie. Les gens n'ont pas de logement, ils dorment dans la rue, et pour une jeune femme, le statut de mobilier d'un appartement est un privilège, un gage de sécurité (quoique très relative). S'ils le décident, ils peuvent choisir dans une courte liste, à la carte, la façon dont ils se suicident. C'est le seul moment d'amabilité, d'écoute. Dans cette société d'une dureté inouïe, le plaisir est suspendu aux modalités de la mort. À part ça tout est déterminé à l'avance. Comme dans le générique, une mécanique conduit inéluctablement à la répétition du cycle de mort. Ce qui arrive n'est pas la vie en général (qui implique des possibilités de transformation, d'invention), c'est le cycle de vie, cadavérique du début à la fin. Il n'y a pas de sortie, pas d'avenir. Tout meurt. Le cri de Thorn : Soylent Green is people! est constatif, mais il suffit pour témoigner (comme Lucile dans le texte de Büchner), et le témoignage déplace quelque chose il empêche la simple reproduction du cycle. Pour lui, ce cannibalisme est un scandale, mais il ne semble pas qu'il soit beaucoup suivi. C'est devenu la norme, et s'il y a un scandale, c'est lui : la persévérance de l'éthique, l'échec du mal radical.

Résumé (wikipedia modifié) :

Le film commence par un impressionnant générique où de multiples effets (split screen, démultiplications / divisions de l'image, accélérations, juxtapositions, etc.) montrent la dégradation progressive de la planète : industrialisation, surconsommation, entassement des déchets, épuisement des ressources naturelles, surpopulation, etc. En 2022, la ville de New York est devenue une mégapole de 44 millions d'habitants. Il règne en permanence une température élevée, 33 °C. L'eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. Les prix des aliments naturels étant exorbitants, la plupart des habitants n'ont pas les moyens d'en acheter. Ils en sont réduits à manger des produits de synthèse fournis par la multinationale Soylent Industries, sous forme de tablettes carrées de couleur jaune, rouge ou bleue. Un nouvel aliment vient d'être lancé, le Soylent Green ; beaucoup plus nutritif, cet aliment est cher et disponible uniquement le mardi. Mais ce jour-là, des émeutes de citoyens affamés ne sont pas rares et sont sévèrement réprimées à l'aide d'engins appelés « dégageuses » (scoop), sortes de camions-benne munis d'un large godet ramassant les émeutiers afin de canaliser l'émeute.

Frank Thorn, un policier détective « de premier ordre » du New York Police Department, vit avec son ami Solomon « Sol » Roth, un vieux juif lettré dans le petit appartement délabré d'un immeuble surpeuplé, où la cage d'escalier est occupée par de nombreux sans-abri. Sol peste contre l'état du monde et a la nostalgie du passé, tandis que Thorn se contente des seules choses qu'il a connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle. William Simonson, un des dirigeants de Soylent Corporation, est assassiné dans son appartement situé dans une tour sécurisée des beaux quartiers de Chelsea. Thorn est chargé de l'enquête et va découvrir que cette affaire, rapidement étiquetée comme étant un crime crapuleux, se révèle être en fait un assassinat visant à empêcher Simonson de révéler un terrible secret. Thorn comprend que Tab Fielding, le garde du corps du dirigeant, est complice car il était absent au moment du meurtre et le système de sécurité était en panne. Il rapporte chez lui divers objets dont des aliments frais, de la viande et du bourbon qu'il a dérobés chez la victime et les partage avec Sol. Il découvre ensuite que Tab Fielding est propriétaire d'un bel appartement et qu'il a les moyens d'acheter de la nourriture naturelle, telle que de la confiture de fraises.

Thorn s'aperçoit que Simonson n'a pas résisté lors de son assassinat, il a probablement voulu mourir. On veut lui imposer de clôturer l'enquête; il refuse. Donovan, l'homme chargé de la sécurité de l’État et qui travaille pour Santini, le gouverneur, décide de le supprimer par l'intermédiaire de son tueur à gages, Gilbert, aussi auteur de l'exécution de Simonson. Profitant d'une émeute due à l'épuisement des stocks de Soylent Green, Gilbert tente de tuer Thorn en lui tirant dessus mais échoue par deux fois, tant la foule est dense. Thorn finit par maîtriser Gilbert et l'envoie bouler sous une « dégageuse ».

Poursuivant son enquête, Thorn revient dans l'appartement, noue une relation avec la « compagne » de Simonson, Shirl, ayant le statut de simple « mobilier » et dont le prochain locataire disposera. Pendant ce temps, Sol se rend à l'« Échange », une bibliothèque où se réunissent des gens instruits, sorte de comité des sages consultatif pouvant émettre un avis auprès d'instances internationales. Sol leur montre les deux rapports d'activité de la société Soylent Corporation que Thorn avait découverts chez Simonson. Face aux conclusions du comité, horrifié et désemparé, Sol comprend pourquoi Simonson a été assassiné. Il décide alors d'aller au « Foyer », endroit où l'on se fait euthanasier. Thorn arrive trop tard pour empêcher Sol de mourir mais il réussit à assister aux dernières minutes de son ami : sur un immense écran, Thorn voit défiler, en écoutant un extrait du 1er mouvement de la Sixième symphonie de Beethoven (la Pastorale) les images de ce qu'était la Terre autrefois : des paysages magnifiques, la vie sauvage, la beauté de la nature. Avant de mourir, Sol lui demande de trouver la preuve que la société Soylent n'est pas ce qu'elle prétend être.

Thorn se glisse dans l'un des camions-bennes qui emmènent les cadavres à l'extérieur de la ville, vers un crématorium. En explorant les locaux de l'usine, il découvre que le Soylent Green est, en réalité, fabriqué à partir des cadavres de personnes euthanasiées : selon le discours officiel, cet aliment est censé être fabriqué à partir du plancton. En réalité, même les océans sont devenus stériles et l'anthropophagie fait désormais partie intégrante de la chaîne alimentaire humaine et en est même le principal maillon.

Pourchassé par les tueurs au service du gouverneur Santini, dont Tab Fielding, Thorn finit par être sévèrement blessé. Quand son supérieur arrive à sa rescousse, Thorn lui dit que le « Soylent Green est fabriqué avec des gens » (Soylent Green is made out of people!) à l'image, lui dit-il, du bétail utilisé pour faire de la nourriture . Il supplie son supérieur de tout révéler, celui-ci acquiesçant avec une certaine ambiguïté sur ses intentions futures. Alors qu'on l’emmène sur un brancard, il crie à la foule assemblée autour de lui : « Soylent Green, c'est les gens ! » (Soylent Green is people!) .

 


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