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Pierre Delain alias Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 23 septembre 2005

 

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Cinéma muet

Le premier film parlant, "Le Chanteur de Jazz" (Alan Crosland, 1927) a pour thème la dissociation voix/corps/identité; il veut faire croire à leur coïncidence impossible

Cinéma muet
   
   
   
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Généralités (trouvées à droite et à gauche).

6 octobre 1927. Le cinéma a à peine trente ans. C'est l'art le plus jeune et, de très loin, le plus populaire. C'est aussi un art à l’esthétique quasi parfaite, comme le prouvent aussi bien les comédies burlesques de Buster Keaton (la Croisière du Navigator) que les comédies dramatiques de Chaplin (le Kid, 1921 ; les Lumières de la ville, 1931), les folies baroques d'Erich von Stroheim (Folies de femmes, 1922), les films sociaux de King Vidor (la Foule, 1928) et le plus beau des films pastoraux, L'Aurore (Murnau, 1927). À Hollywood bien sûr mais aussi à Moscou, où, à la suite de la révolution soviétique s'est développée une industrie importante dominée par la figure imposante du cinéaste Sergueï M. Eisenstein (le Cuirassé Potemkine, 1925). Un cinéma mêlant propagande et avant-garde prend son essor. C'est un art universel dont le langage est compréhensible dans tous les pays.

Nombre de stars ne vont pas survivre au passage au parlant. Gloria Swanson, Buster Keaton, Louise Brooks sont, parmi beaucoup d'autres, les victimes de ce bouleversement. Si quelques-uns résistent – au premier rang desquels Greta Garbo, "la divine" –, le cinéma parlant engendre ses propres vedettes. Comme aux débuts du cinéma, il va d'abord puiser dans le vivier du théâtre, avant que ne s'imposent de jeunes comédiens comme Clark Gable, Jean Harlow, Cary Grant ou Humphrey Bogart.

Le 6 octobre 1927 donc, a lieu un événement qui va changer la donne : la projection du Chanteur de jazz, premier film parlant de l'histoire, réalisé par Alan Crosland. L'enthousiasme du public est tel que tous les studios se lancent dans la production de films parlant, quitte à rajouter du son a posteriori sur des films muets. Cette nouvelle technique impose des contraintes imprévues : il faut cacher les micros, insonoriser les caméras, ce qui complique la tâche des réalisateurs. Pendant quelques années, on assiste à une certaine détérioration de la qualité des films, qui deviennent statiques et bavards.

 

 

Tout se passe dans la dernière partie du film comme si Jakie Rabinovitz était capable de diviser sa vie, comme s’il pouvait en même temps chanter à la synagogue et au théatre. Mais cette conciliation est un mensonge, un escamotage, un déni. Le véritable sujet du film, c'est l'impossible, car on ne peut être en même temps :

- chanteur de jazz et cantor de synagogue,

- dans le sacré et dans le profane,

- sous la loi du père / dans l'amour de la mère.

Avec la voix, une impossibilité supplémentaire est introduite. Comme celle de la musique moderne dans la vie courante (le jazz), cette insertion brise tout un passé. De même que Jakie ne peut incarner la coïncidence d'identités multiples que le temps d’un film, la voix et l'image sont irréconciliables. Le film, chantant pour un quart environ, est muet pour les trois autres quarts. Au moment du kol nidré (le début de la cérémonie du Kippour), Al Jolson est remplacé par un véritable cantor qui chante en play-back - un procédé qui, jusqu'à aujourd'hui, fait l'aveu que le corps et la voix ne peuvent pas coïncider. Le cinéma parlant ne résoudra jamais cette tension.

Résumé (Wikipedia complété et modifié) :

Le Chanteur de Jazz qui donne son titre au film est un Juif appelé Jakie Rabinovitz qui chante aussi bien que son père, le hazan (chantre) de la synagogue. Il mène une double vie : entre le sacré et le profane, entre la loi du père et l’amour de la mère, il ne choisit pas. Un jour, son père le trouve en train de chanter dans un bar, et le chasse du foyer familial. Quelques années plus tard, Jakie est chanteur de jazz dans un night-club et se fait appeler Jack Robin. Il est remarqué par l’actrice Mary Dale, qui se propose de l'aider à faire carrière. Propulsé sur les scènes de Broadway pour y faire un nouveau spectacle, il s'apprête à devenir la nouvelle vedette de la chanson sous les traits d'un blackface. Mais le concert tombe le soir de Yom Kippour, et le père de Jakie, très malade, est incapable de chanter à la synagogue. Sa mère et un voisin essaient de convaincre Jakie de renoncer à son show et participer à la célébration. Incapable de résister, il se précipite à la synagogue pour y chanter le Kol Nidre, la prière traditionnelle. Son père meurt dans la joie. Quelques années plus tard, Jakie est de nouveau sur les planches et obtient un immense succès, sous le regard de sa mère.

Cette version cinématographique de la pièce de Samson Raphaelson est le premier long métrage parlant avec un total de 281 mots prononcés. Il est communément considéré comme le premier film parlant, plusieurs scènes chantées et un monologue étant insérés au milieu des scènes muettes (qui restent cependant les plus nombreuses). Mais c'est un film sonore. La Warner Bros avait expérimenté l'année d'avant avec succès le procédé Vitaphone pour un court métrage, Une scène dans la plantation (avec déjà Al Jolson) et surtout pour le film sonore de long métrage Don Juan. Le Chanteur de jazz est une nouvelle étape dans le développement du film parlant car son succès mondial est dû au sujet dramatique et pourtant familier qu'il traite. Il montre aussi le lien qui existe entre Broadway et Hollywood pendant plusieurs décennies, dans le genre du film musical.

Al Jolson chante cinq chansons et entonne quelques thèmes religieux. Pour le reste, le film ressortit encore du style des films muets, et c'est pour cela que l’histoire y est encore racontée à l’aide d'intertitres. Techniquement, l'enregistrement du son Vitaphone se faisait directement avec un graveur de disques en cire, entraîné tout comme la caméra par un moteur électrique synchrone. Chaque enregistrement était laborieux et au cinéma, la formule "le temps c'est de l'argent" est de première importance. En projection, le film se déroule comme un film muet, tandis qu'un lecteur phonographique reproduit dans la salle le son enregistré grâce à un système de conduction mécanique, afin de porter le son au niveau de l'écran (les amplificateurs à lampes remplaceront bientôt ce dispositif). La technique du film muet, bien rodée, semblait suffire aux producteurs qui visaient à frapper l'auditoire par les quelques chansons présentes dans le film. Mais ils avaient aussi testé, avec Une scène dans la plantation, l'effet extraordinaire que provoquaient sur le public les paroles d'Al Jolson entre chaque chanson. Aussi, lors d'un enregistrement effectué comme les autres grâce au couple caméra-graveur, l’opportunité de faire parler le comédien était-elle prévue par le scénario : « Pendant que Jack Robin chante, il regarde avec reconnaissance et amour sa mère qui l’écoute, émue et fière, en compagnie d’un ami de la famille. Celui-ci, filmé en gros plan, s’adresse à la mère. « C’est bien le fils de son père, il chante avec son cœur! ». On peut lire sa remarque grâce à un intertitre, on ne l’entend pas parler. La mère est filmée elle aussi en gros plan, les yeux noyés de larmes. Elle répond par un autre intertitre. « C’est son monde, la scène… Si c’est Dieu qui l’a voulu, Il le gardera ici ». Tandis qu’en fond sonore, son fils continue à susurrer à son intention un hymne de piété filiale, Mother of mine (Ma mère à moi), accompagné par l’orchestre. » Soudain, entre deux couplets, il s'adresse directement à sa mère (avec un regard caméra, donc en direction des spectateurs de cinéma), la voix brouillée par une émotion que partagea avec enthousiasme le public de l'époque.

 


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