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"Je suis mort", et "Je me dois à la mort"                     "Je suis mort", et "Je me dois à la mort"
"Je suis mort", commencement derridien               "Je suis mort", commencement derridien

 

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Roland Barthes, Analyse textuelle d'un conte d'Edgar Poe, dans "L'Aventure sémiologique", pp351-354.

Dire : "Maintenant, je suis mort", c'est mettre en scène une énonciation impossible, un "Je parle" fou, inouï, qui profère en même temps la mort et la vie

   
   
   
                 
                       

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Roland Barthes analyse le récit d'Edgar Poe, La vérité sur le cas de Monsieur Valdemar. Après avoir nommé les différents "codes" qui se croisent dans ce texte, il cite la phrase la plus singulière de cette histoire :

"M. Valdemar parlait, évidemment pour répondre à la question que je lui avait adressée quelques minutes auparavant. Je lui avais demandé, on s'en souvient, s'il dormait toujours. Il disait maintenant : - Oui, - non, - j'ai dormi, - et maintenant, - maintenant, je suis mort".

Avant que son corps ne se décompose, ne se putréfie, ne se transforme en une masse dégoûtante et quasi liquide, M. Valdemar, aura prononcé cette phrase incroyable : "maintenant, je suis mort". Voici ce qu'en dit Roland Barthes :

- quand Valdemar parle, est-ce la mort qui se dégage de la vie ou la vie se dégage de la mort? C'est indécidable.

- sa parole est fétichisée. C'est un désir phallique, une jouissance.

- Valdemar est déjà mort. Sa parole vient en plus, c'est une supplément, une réponse.

- sa parole est pâteuse, gluante, glutineuse, gélatineuse, indescriptible, déchirée, caverneuse, hideuse, étrange et étrangère, elle vient de la profondeur, du lointain, d'un abîme souterrain, au terme du code symbolique. Et pourtant elle désire survivre en tant que discours.

- le contraire de la Vie n'est pas la Mort, c'est le Langage, un langage bredouillé, balbutié, effrayant, approximatif, "embarrassé de non-langage". L'hypnose (mesmérisme, magnétisme) peut arrêter la mort. Valdemar dort, ne meurt pas, jusqu'au langage, qui tend à se décomposer.

- en disant "Je suis mort", Valdemar ne se présente pas comme un revenant encore vivant (de retour), il se présente comme un mort. Sa parole est donc impossible, et pourtant elle est proférée. La mort empière sur la vie.

- en disant "Je suis mort", Valdemar parle. Il se désigne tautologiquement en parlant. La phrase n'est pas descriptible, elle n'est pas constative [si elle l'était, il ne pourrait pas parler], elle est performative, mais sur un mode que ni Austin, ni Benveniste n'avaient prévu (p353) : la performance d'une impossibilité. Le signifié (la mort) est contradictoire avec sa profération.

- à la lettre, dire "Je suis mort" est impossible. C'est un scandale, une énonciation forclose, un point vide, une tache aveugle.

- la phrase "Je suis mort" est un énantiosème, qui asserte en même temps deux contraires : la Vie, la Mort. C'est une affirmation-négation : "je suis mort et pas mort" (voir citation ci-contre).

- la Mort, comme refoulé primordial, fait retour dans le langage. C'est un tabou, un cri qui explose et ouvre l'espace de la psychose, de la folie.

 

 

"Il ne s'agit pas d'une simple dénégation, au sens psychanalytique, "je suis mort" voulant dire alors "je ne suisn pas mort", mais plutôt d'une affirmation-négation : "je suis mort et pas mort"; c'est là le paroxysme de la transgression, l'invention d'une catégorie inouïe : le vrai-faux, le oui-non; la mort-vie est pensée comme un entier indivisible, incombinable, non dialectique, car l'antithèse n'implique aucun troisième terme; ce n'est pas une entité bi-face, mais un terme un et nouveau" (Roland Barthes, Analyse textuelle d'un conte d'Edgar Poe, dans L'Aventure sémiologique, p353).

 


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