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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
                   
Sources (*) :              
Jacques Derrida - "Séminaire 1997-98 "Le parjure et le pardon" Volume 1", Ed : Seuil, 1997, p82

 

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Une alliance engage inconditionnellement - dans et au-delà du contrat entre humains, dans et au-delà de l'économie de la langue ou du droit

   
   
   
               
                       

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Analysant Le marchand de Venise de Shakespeare, Jacques Derrida rapproche d'une part le serment qui lie le Juif Shylock au chrétien Antonio, et d'autre part le contenu de ce serment, la traduction (impossible) d'une somme monétaire en une livre de chair. Il s'agit dans les deux cas de transformer un original (la livre de chair, l'engagement verbal) en une formulation de la langue courante, une règle applicable et calculable selon la loi en vigueur à Venise. Dans les deux cas, la transformation est impossible, la dette est impayable, insolvable. Il en va de même pour le pardon, la bénédiction ou la prière. On peut les traduire dans la langue courante, mais cette traduction est toujours une trahison, car il s'agit d'engagements à l'égard d'un tiers, un tout autre qui ne s'exprime pas dans cette langue. Shakespeare réussit à rendre cette dissymétrie dans les dialogues de la pièce. Portia (cette femme travestie en homme, et donc d'une certaine façon extérieure aux lois de la cité) demande à Antonio : Es-tu engagé? (Do you confess the bond?), à quoi celui-ci répond par un acquiescement : "I do". En disant oui peu après que Shylock ait dit oui lui aussi, il réitère son serment. L'affaire ne se juge plus entre les deux hommes, mais sur un autre plan. Portia prend acte de ce déplacement par la réplique suivante : Then must the Jew be merciful. Elle demande à Shylock de pardonner - un acte de grâce, de miséricorde qui ne se situe pas sur le plan de l'échange entre humains. L'alliance ne lie pas les justiciables entre eux, mais lie chacun à une autre instance, dans une relation qui n'est pas de l'ordre de la loi, mais au-dessus ou au-delà de la loi. On peut rompre un contrat, mais cette relation, une fois proférée, ne peut pas être annulée. Après cet acte performatif qu'est le serment, on peut se parjurer, mais on ne peut pas annuler l'acte.

Antonio au moment où il profère "Oui" en réponse à la question de Portia, dans le Marchand de Venise, pièce de Shakespeare mise en scène par Pascal Faber en 2015, au théâtre du Lucernaire.

 

 

Quand Portia demande à Shylock de renoncer à son serment pour une somme d'argent plus grande, il répond que c'est impossible, le serment qui lie son âme est absolu, inconditionnel. Ce moment où il dit : by my soul I swear : There is no power in the tongue of man to alter me. I stay here on my bond, c'est le moment où il profère la vérité de l'alliance, sa dimension irréfutable, incalculable. Rompue par la loi des hommes, il perdra tout, ses biens, sa fille, sa communauté, son identité, sa religion. En n'étant plus rien, il restera encore fidèle à son serment. Telle est la loi de l'alliance : un engagement au-dessus du droit, dont la langue ne peut pas délier, qu'aucune sanction, aucune dette, aucun aveu, ne peut compenser. Antonio n'aura pas, lui non plus rompu le serment, il l'aura confirmé.

 


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