Derrida
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Sur des films (rémanences)                     Sur des films (rémanences)
Sources (*) :              
Pierre Delain alias Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 19 janvier 2020

 

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Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965) - Un collage de phrases mortes qui ne promet rien, n'engage à rien, mais appelle l'adhésion

   
   
   
                 
                       

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Il y a dans ce film comme dans Un été avec Monika (Ingmar Bergman, 1953), dont il est une sorte de remake ou décalque anamorphique, une dimension autobiographique. Le couple Karina - Belmondo rejoue sous forme de crise le couple Karina - Godard, qui avait déjà commis cinq films, mais ici Anna-Marianne perd sa fragilité, c'est une jeune femme ambiguë, aussi libre que manipulatrice. La vengeance ultime de Pierrot marque le mot FIN, qui est aussi celui de du couple Godard - Karina (même s'ils tournent ensuite encore deux films ensemble). Pas étonnant qu'il y ait autant de regards-caméra : il faut bien que le spectateur soit pris à témoin. Il y en a, si j'ai bien compté, sept. C'est d'abord Belmondo qui s'adresse au spectateur pour commenter l'attitude d'Anna Karina, puis c'est elle qui s'adresse directement au spectateur pour commenter son désir de s'amuser, etc. Ils ont chacun leur façon d'interpeller. Mais dans ce film clos sur lui-même malgré la multiplication des citations en tous genres, il n'y a pas d'identification possible pour le spectateur, pas de réponse aux interpellations des acteurs. C'est un film sans promesse, sans avenir, qui se termine par la mort des deux héros.

 

 

Ne pas adhérer, ce peut être une qualité. Le film ne colle pas : quelque chose cloche, ce qui laisse une certaine place au spectateur et l'empêche aussi d'adhérer vraiment au film. Sûrement l'un des buts recherchés : laisser au spectateur la liberté de croire ou de ne pas croire, de suivre ou de ne pas suivre. La question qui se pose, c'est de savoir si ça marche, s'il y a de la marche. La réponse est probablement positive : dans une certaine mesure, ça marche. On marche un peu dans l'histoire, il y a des pas. Quand au "pas au-delà", il se pourrait qu'il marche aussi quand on voit la postérité du film et sa popularité, en tous cas chez les cinéphiles et les critiques.

Dans ce film assez mortifère et thanatographique (puisque depuis le début, les deux personnages ne cessent de dire "Je suis mort"), les regards-caméra sont des appels désespérés à la vie (deux des chapitres sont intitulés "désespoir"). Rien ne prouve que le spectateur adhérera à ces appels, et même au contraire, il y a de très fortes chances pour qu'il n'adhère pas. "Je suis mort" reste donc une citation, comme toutes les autres citations (très nombreuses). Il ne peut être sauvé comme énonciation performative que si le spectateur prend au sérieux ces regards-caméra.

Résumé (Ciné-club de Caen, légèrement modifié) :

L'après-midi, Ferdinand Griffon achète des livres à la libraire Le meilleur des mondes. Le soir, dans sa baignoire, il lit à sa petite fille des pages d'Elie Faure consacrées à Velázquez. Il a permis à la bonne d'aller voir Johny Guitare au cinéma. Ex professeur d'Espagnol, ex stagiaire à la télévision, il s'est marié à une richissime italienne par intérêt. Frank, son beau-frère a emmené une jeune fille, Marianne, qu'il présente comme sa nièce, pour garder les enfants.

Chapitre 2. Les Griffon se rendent en effet à une réception bourgeoise chez les beaux-parents de Ferdinand, Les Expresso, où chacun débite des slogans publicitaires (voitures Oldsmobile, déodorant Practil, laque pour cheveux), exception faite de Samuel Fuller, un producteur venu tourner Les fleurs du mal qui parle de cinéma (le film est comme une bataille : l'amour la haine, l'action, la violence et la mort ; en un seul mot l'émotion). Ferdinand s'ennuie " J'aimerai être unique, j'ai l'impression d'être plusieurs" et jette un gâteau au visage des invités. Il quitte la soirée. Il retrouve Marianne endormie chez lui et, le dernier métro étant passé, la raccompagne chez elle. Ils se sont aimés, il y a cinq ans et demi. On peut dire mon ami Ferdinand, lui dit-il quand elle l'appelle Pierrot. Il décide de partir avec elle.

Au matin, un cadavre git sur un lit de l'appartement parisien de Marianne qui porte le petit déjeuner à Ferdinand. Elle lui chante "Jamais je ne t'ai dit que je t'aimerais toujours, ô mon amour". Bientôt Frank survient, qui comme le soupçonnait Ferdinand est l'amant de Marianne. Il est probablement lié à un trafic d'armes avec pour clients l'OAS, le Congo ou l'Angola. Ils l'assomment d'un coup de bouteille et s'enfuient en prenant les clés de la Peugeot 404. Après avoir assommés trois pompistes pour faire le plein de la voiture, ils décident de partir pour Nice et l'Italie. Dans les phares clignotants dans la nuit, ils s'embrassent.

Le lendemain, ils arrivent dans une petite ville du centre de la France non loin d'Auxerre. Le couple apprend par la radio qu'il est poursuivi par la police. A cours d'argent, ils décident de raconter des histoires aux clients du café. Il y a là Laszlo Kovacz, étudiant de Saint-Domingue chassé par le débarquement américain, Liliane Blassel vendeuse, un figurant. Ils se proposent de raconter le suicide de Nicolas de Staël, la prise de Constantinople, le double de William Wilson, héros de la nouvelle d'Edgar Allan Poe : "Il avait croisé son double dans la rue. Il l'a cherché partout pour le tuer. Une fois que ça a été fait, il s'est aperçu que c'était lui-même qu'il avait tué, et que ce qui restait, c'était son double"; ou bien encore l'histoire du neveu de Guillaume d'Orange, ou du désir des amants de respirer l'air tiède du soir.

Ils font flamber la 404 pour simuler un accident et Ferdinand laisse sciemment brûler une valise de dollars dans le coffre au grand mécontentement de Marianne qui aurait aimé aller à Chicago, ou Las Vegas ou Monte Carlo. Ferdinand préfère Florence, Venise, Athènes.

Chapitre 8 : Une saison en enfer. Le couple traverse la France et passe la Durance à gué, privilégie les sous-bois et les chemins de campagne et passe par le café de van Gog à Arles. Ils volent une Ford galaxie et approchent de Nice. Par défi, Ferdinand plonge la Galaxie dans la mer.

Chapitre 8 : Une saison en enfer. L'amour est à réinventer. La vraie vie est ailleurs. C'était le premier, c'était le seul rêve. Près de la mer, Ferdinand raconte à Marianne, l'histoire de l'unique habitant de la lune. Il trouve ses jambes et sa poitrine émouvantes.

Chapitre 7 : Un poème qui s'appelle revolver. Ils vivent quelques jours comme des naufragés sur une île déserte. Ferdinand avec son perroquet comme dans Les enfants du capitaine Grant de Jules Verne. Il écrit son journal mais ne note presque rien du mardi au vendredi. Elle lui ramène Guignol's band de Céline dont il lui lit un passage : Heureux jusqu'aux larmes, transi de bonheur, je palpite, je brûle, je suis flamme". Je ne te quitterai jamais bien sur, bien sur dit-elle. "Qu'est-ce que j'peux faire ? Je ne sais pas quoi faire" se plaint-elle le long de la page. "Tu me parles avec des mots, je te regarde avec des sentiments" dit-elle à Ferdinand qui réplique: " Avec toi, on ne peut pas avoir de conversation: t'as jamais d'idées, toujours des sentiments". "Mais c'est pas vrai, il y a des idées dans les sentiments" lui fait-elle remarquer. Il lui demande ce qu'elle aime ce dont elle a envie : "Les fleurs, les animaux le bleu du ciel, le bruit de la musique je sais pas moi, tout et toi". "L'ambition, l'espoir, le mouvement des choses, les accidents, tout". Mécontente, Marianne conclut : "Tu vois j'avais raison il y a cinq ans : on se comprend jamais". Elle reprend "Qu'est-ce que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire". Les jours passent du jeudi au lundi. Il dit en imitant Michel Simon : "Ne plus décrire la vie des gens mais seulement la vie, la vie toute seule ; ce qu'il y a entre les gens, l'espace, le son et les couleurs. Je voudrais arriver à ça. Joyce a essayé, mais on doit pouvoir faire mieux". Il s'énerve quand Marianne ramène un disque et le jette : "Un disque tous les cinquante livres : la musique après la littérature". Marianne s'énerve. Elle veut partir, "C'est fini Jules Vernes, maintenant on recommence comme avant : un roman policier". Ferdinand accepte, tout en citant Joan Miró : "Le courage consiste à rester chez soi, près de la nature qui ne tient aucun compte de nos désastres". Puis il écrit sur son journal : "Au fond, la seule chose intéressante, c'est le chemin que prennent les êtres. Le tragique, c'est qu'une fois qu'on sait où ils vont, qui ils sont, tout reste encore mystérieux. Et la vie, c'est ce mystère jamais résolu".

Pour gagner leur vie, ils dessinent devant les touristes (esclaves modernes). Ceux-ci étant américains, ils jouent une pièce sur la guerre du Viêt-Nam : Le neveu de l'oncle Sam contre la nièce de l'oncle Ho... et raflent des dollars.

Chapitre suivant : Désespoir, espoir, la recherche du temps disparu. Ce que je veux moi, c'est vivre dit Marianne. Elle chante "Ma ligne de chance". "On est arrivé à l'époque des hommes doubles. On n'a plus besoin de miroir pour parler tout seul." dit Ferdinand puis, dans la haute végétation, il continue de réciter d'une voix monocorde et hachée et en la modifiant La mise à mort d'Aragon : Peut-être, que je rêve, debout. Elle me fait penser, à la musique. Son visage. Quand Marianne dit "Il fait beau", rien d'autre. A quoi elle pense ? D'elle, je n'ai que cette apparence, disant : "ll fait beau", Rien d'autre. A quoi bon, expliquer ça ? Nous sommes, faits, de rêves, et, les rêves, sont faits, de nous. Il fait beau, mon amour, dans les rêves, les mots et la mort. Il fait beau, mon amour. Il fait beau, dans la vie".

Alors qu'ils se disputent sur un bateau, Marianne repère, à son grand déplaisir, un nain, membre de la bande rivale. Il, emmène Marianne pendant que. Dans le dancing attenant, Ferdinand boit deux demis et reçoit la visite amicale d'un homme qui lui a prêté de l'argent et dont la femme a couché avec lui. Au téléphone, Marianne l'appelle au secours. Le nain exige de retrouver l'argent brulé dans la 404. Marianne manipule des ciseaux devant le nain qui la menace d'une arme. Quand Ferdinand vient à son secours, il découvre le nain assassiné d'un coup de ciseau (belle et grande mort pour un petit homme) et Marianne enfuie. Ferdinand est torturé par deux complices qui savent qu'il était avec Marianne quand Donovan a été assassiné et qu'il s'est tiré avec 50 000 dollars. Ferdinand indique que Marianne doit se trouver où ils se sont quitté, au dancing de la marquise. Il erre, désespéré : "le sang je ne veux pas le voir. A quelles terribles cinq heures du soir (Federico García Lorca, Le coup de corne et la mort)". Assis sur la voie, il tente de se suicider mais se lève à l'arrivée du train.

Ferdinand débarque à Toulon où il loge au Little palace hotel. Il tient son journal. En effet, "même si elle est compromise dans l'horizon quotidien, le langage souvent ne retient que la pureté". Dans un cinéma permanent, il regarde les actualités du Viet-Nam et un extrait du Grand escroc tout en relisant Elie Faure. Il mange du gruyère sur le voilier de la princesse Aicha Abadir, reine du Liban en exil, où il s'est fait engagé comme équipier. Soudain Marianne surgit. Elle dit avoir retrouvé Fred et lui par hasard à Toulon (je te crois menteuse). Elle a retrouvé son cahier et ajouté un poème (Tendre et cruel, Réel et surréel, Terrifiant et marrant, Nocturne et diurne, Solite et insolite, Beau comme tout..; Pierrot est fou) Jacques Prévert. Ferdinand voudrait arrêter le temps (Dieu aussi je lui dis non) mais Marianne l'oblige à continuer leur aventure pleine de bruit et de fureur. Ils prennent le bateau dans un décor qui ressemble à celui de Pépé le Moko. Ferdinand avoue être un point d'interrogation dressé face à l'horizon méditerranéen. Elle lui raconte l'amour de ses parents qui jamais ne se séparèrent et l'origine de l'argent de Fred, son frère : la guerre au Yémen où il fournit des armes au gouvernement royaliste.

Marianne présente Ferdinand à Fred qui lui propose de participer à un hold-up. Dans un petit port comme dans les romans de Conrad, un voilier comme dans les romans de Stevenson, un ancien bordel comme dans les romans de Faulkner, un Stewart devenu millionnaire comme dans les romans de Jack London; ils retrouvent les deux type qui lui ont cassé la figurée comme dans un roman de Raymond Chandler. Le coup réussit : alors que la bande rivale va acheter le voilier, ils dérobent l'argent. Marianne tue les deux hommes de la bande rivale avec un fusil à lunette mais le possesseur du voilier est tué aussi.

Chapitre suivant : Désespoir.

Chapitre suivant : Liberté, Amertume. Avec l'argent, Ferdinand propose à Marianne de partir pour Tahiti dès l'après midi. "On dit évidemment et les choses ne sont pas du tout évidentes" réplique celle-ci. Il lui laisse la valise et compte jusqu'à 137 pour la laisser retrouver Fred et s'expliquer avec lui. Mais, lorsque Ferdinand arrive au port, Marianne est partie avec Fred... qui est son amant. Pierrot écoute un homme lui raconter l'air qu'il a dans la tête : "Est-ce que vous m'aimez ?" et, à sa demande, le traite de fou.

Il prend un bateau. Il abat Fred puis Marianne; "Je la tins dans mes bras et me mis à pleurer". Elle lui demande "Pourquoi ?" auquel il répond "Fallait pas faire ça". Marianne agonise "Je te demande pardon Pierrot" sont ses dernières paroles.

Ferdinand téléphone ensuite chez lui, demande ses nouvelles des enfants à la bonne. Puis, le visage peint en bleu, il se barde d'explosifs auxquels il met le feu. "Après tout je suis idiot" dit-il en tentant d'éteindre la mèche. Trop tard, il explose. La voix de Marianne murmure sur la mer étale : "Elle est retrouvée". "Quoi ?", "L'Éternité. C'est la mer allée. Avec le soleil (Arthur Rimbaud : L'éternité).

 


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1965.GO.DAR

zm.Godard.1965

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